L'arrivée de CNN secoue le paysage médiatique au Brésil

L'arrivée de CNN secoue le paysage médiatique au Brésil
Photo du CNN Center à Atlanta, dans l'Etat américain de Géorgie, le 29 novembre 2012Kevin C. COX

Le Brésil, plus grand marché médiatique d'Amérique Latine, s'apprête à accueillir un nouvel acteur majeur avec le lancement d'ici la fin de l'année de CNN Brasil, qui tentera de menacer l'hégémonie du groupe Globo.

L'annonce à la mi-janvier de l'arrivée prochaine de cette nouvelle chaîne a lieu au moment où le pays entame un virage ultra-conservateur avec l'entrée en fonction en début d'année du président d'extrême droite Jair Bolsonaro.

CNN Brasil a obtenu la licence pour utiliser la marque de la célèbre chaîne d'informations américaine, mais le projet sera mis en place entièrement par des Brésiliens, à l'image de CNN Turk ou CNN Indonesia.

CNN en espagnol est déjà diffusée dans la plupart des pays d'Amérique Latine, mais la version brésilienne diffusera ses contenus en portugais.

Le projet CNN Brasil est orchestré par le milliardaire Rubens Menin, PDG du géant de l'immobilier MRV, et Douglas Tavolaro, qui était le directeur-adjoint du service des informations du groupe Record, principal concurrent de Globo.

"CNN Brasil aura des bureaux à Sao Paulo, Rio de Janeiro et Brasilia, et enverra des correspondants à l'étranger", a ont révélé les deux dirigeants dans un communiqué.

D'après la presse brésilienne, près de 400 journalistes devraient être embauchés.

- De droite ou de gauche ? -

Record, groupe fondé par Edir Macedo, dirigeant de l'Eglise universelle du règne de Dieu, une des plus puissantes églises évangéliques du Brésil, entretient des liens étroits avec le président Bolsonaro, qui lui a accordé plusieurs entretiens exclusifs au nez et à la barbe de Globo.

Douglas Tavolaro, 42 ans, est par ailleurs le biographe officiel d'Edir Macedo, ayant signé également le scénario d'un film à succès sur le leader évangélique. Il n'a pas répondu aux sollicitations d'interview de l'AFP.

Rubens Menin, lui, a vu son entreprise décoller avec la construction de logement sociaux sous les gouvernements de gauche de Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010) et Dilma Rousseff (2011-2016).

Mais il s'est montré enthousiaste à l'égard de l'élection de Jair Bolsonaro, séduit par son programme économique d'inspiration ultra-libérale.

Le profil de ces deux dirigeants a suscité des craintes de voir paradoxalement la marque CNN devenir une sorte de Fox News à la brésilienne, très favorable au président conservateur en place.

Certains craignent également de voir la chaîne se transformer en nouveau support d'évangélisation de l'Eglise universelle.

Mais d'autres, y compris des soutiens affichés de Bolsonaro, ont manifesté au contraire leur préoccupation face à l'arrivée au Brésil d'une chaîne dont la version américaine est très critique envers Donald Trump, dont le nouveau président brésilien est un fervent admirateur.

Tavolaro a balayé les critiques d'un revers de la main, dans un entretien au journal Folha de S. Paulo: "certains disent qu'on sera de droite, d'autres de gauche (...) Les théories les plus farfelues se sont multipliées, mais rien de tout ça n'est avéré".

"Notre seule mission sera de donner au public (...) des informations de qualité, avec rigueur et impartialité", a-t-il ajouté.

- "Par des Brésiliens, pour les Brésiliens" -

"La nouvelle chaîne sera-t-elle une alliée de Jair Bolsonaro?", se demandait tout de même le site NTV, spécialiste de la télévision brésilienne.

"Rien n'indique que le nouveau gouvernement sera impliqué dans le développement de CNN Brasil, mais il pourrait sans aucun doute être un des bénéficiaires, rien qu'avec les répercussions de sa création pour la concurrence", explique le site, en allusion à de possibles menaces sur l'hégémonie du groupe Globo.

Ce grand conglomérat familial, dont la chaîne principale TV Globo écrase régulièrement les audiences du pays, contrôle également de nombreuses chaînes câblées, des journaux, des magazines et des radios.

Sa position de leader incontestable du marché publicitaire pourrait s'effriter avec l'arrivée de CNN Brasil, à un moment où ses bénéfices ont déjà chuté de 9% sur la période 2014-2017.

Mais TV Globo reste extrêmement populaire, avec une audience quotidienne de près de 100 millions de téléspectateurs, près de la moitié de la population, notamment grâce à ses "telenovelas", feuilletons à succès produits dans des studios pharaoniques à Rio.

Sa chaîne câblée GloboNews est actuellement la référence en matière d'information continue.

Douglas Tavolaro affiche néanmoins une confiance sans faille. "Nous voulons construire une nouvelle alternative de journalisme faite par des Brésiliens pour les Brésiliens", a-t-il déclaré à Folha de S. Paulo.

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