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L'artiste franco-égyptienne Ghada Amer installe à Tours un jardin anti-machiste de 16.000 cactus

L'artiste franco-égyptienne Ghada Amer installe à Tours un jardin anti-machiste de 16.000 cactus
L'artiste franco-égyptienne Ghada Amer pose devant "Cactus Painting" le 31 mai 2018 dans la nef du Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCC OD) à ToursGUILLAUME SOUVANT

L'artiste franco-égyptienne Ghada Amer a planté à Tours 16.000 cactus dans la grande nef du Centre de création contemporaine Olivier Debré (CCC OD), comme un manifeste anti-machiste.

Parlant de "phactus" (mot-valise regroupant phallus et cactus), l'artiste, qui vit depuis une trentaine d'années à New York, est révoltée par la domination du monde de l'art par les "mâles, blancs et anglo-saxons".

L'immense potager en carrés de cactées hostiles se veut ainsi une spectaculaire interrogation sur la place des femmes dans la peinture abstraite américaine de l'après-guerre, dont Josef Albers et Frank Stella ont été les maîtres.

"C'est très symbolique de ce moment où les femmes ont été exclues, effacées de la modernité dans l'art", explique Ghada Amer en revendiquant un "geste politique".

L'artiste investit aussi la "galerie noire" du CCC OD avec des réalisations picturales en toiles brodées des dix dernières années. "En 2009, il s'est produit un déclic : j'ai commencé à maîtriser mon travail sur la broderie... Avant j'apprenais", assure Ghada Amer sur cette technique qui fait sa renommée depuis les années 1990.

Pour la Franco-Egyptienne, les toiles brodées sont le moyen de s'aventurer en tant que femme sur ce "terrain très masculin de la peinture".

De même, les thèmes et la manière de traiter le corps de la femme dans son oeuvre sont souvent inspirés de la pornographie : là encore, "c'est une incursion dans le domaine de l'homme des revues porno, en complète dichotomie avec la broderie comme moyen d'expression", explique l'artiste.

Le CCC OD fait enfin dialoguer ce "Dark Continent" (en référence à la définition par Freud de la sexualité féminine comme un "continent noir") avec des prototypes récents de sculptures faussement naïves en laiton chromé : rose, petits lapins ou Mickey... Ces oeuvres, de l'aveu même de l'artiste, marquent une rupture dans son approche conceptuelle : "en passant à la sculpture, en n'utilisant pas la broderie, je me libère de mon discours féministe", assure-t-elle.

"Cactus Painting" (2 juin-6 janvier 2019). "Dark Continent" (2 juin-4 novembre).

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