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L'assouplissement des sanctions contre Huawei fraîchement accueilli aux Etats-Unis

L'assouplissement des sanctions contre Huawei fraîchement accueilli aux Etats-Unis
Le président américain Donald Trump et son homologue chinois Xi Jinping lors du G20 d'OsakaBrendan Smialowski

La perspective d'un assouplissement des sanctions américaines contre le chinois Huawei a suscité la colère d'élus américains et un certain scepticisme quant à ses conséquences, alors que Pékin et Washington sont en plein bras de fer commercial.

Après avoir interdit au printemps aux entreprises américaines de vendre certains composants et technologies au géant des télécoms chinois au cœur des tensions commerciales sino-américaines, le président Donald Trump a évoqué samedi un possible assouplissement des restrictions, notamment la vente "d'équipement qui ne pose pas de grand problème de sécurité nationale".

Dimanche, son conseiller économique Larry Kudlow a ajouté qu'il y avait de "bonnes chances" que les entreprises américaines puissent obtenir des licences pour vendre des produits au leader mondial de la 5G (l'internet mobile ultra rapide) et actuel numéro deux mondial des smartphones.

Les Etats-Unis soupçonnent les systèmes de Huawei d'être utilisés par Pékin à des fins d'espionnage, ce qu'a toujours fermement nié le groupe.

Mais pour certains parlementaires américains, en revenant en partie sur les sanctions, Donald Trump sacrifie à bon compte la sécurité nationale.

"Si le président Trump a accepté de revenir sur les récentes sanctions contre Huawei, il nous faudra alors les remettre en place par une loi", a notamment tweeté le sénateur républicain Marco Rubio.

Même son de cloche chez son collègue démocrate Chuck Schumer, selon lequel "Huawei est l'un des (rares) leviers efficaces pour faire que la Chine soit +fair-play+ en matière de commerce international".

- Crédibilité -

L'atténuation des sanctions est "extrêmement inquiétante" et cela rendra plus difficiles les négociations avec la Chine, a jugé pour sa part le représentant républicain Jim Banks.

Pour Michael McFaul, professeur à l'Université de Stanford et ancien ambassadeur en Russie, la volte-face de Donald Trump invalide son propre argumentaire.

"Quand vous dites au monde entier que Huawei est une menace pour la sécurité nationale et que vous dites le contraire le lendemain, vous décrédibilisez l'argument initial sur la sécurité nationale", a-t-il estimé sur Twitter.

En tout état de cause, la situation devrait rester nébuleuse sur ce dossier tant que les âpres négociations commerciales, que les deux puissances ont promis ce week-end de reprendre, n'aboutissent pas.

"Huawei est une situation compliquée", qui fera l'objet de discussions dans le cadre d'un accord commercial plus large, a d'ailleurs lui-même prévenu Donald Trump.

Difficile pour l'heure de savoir ce qu'un assouplissement des sanctions peut avoir comme conséquences pour Huawei, qui subit déjà les effets des sanctions américaines au travers d'une forte baisse des ventes.

Le groupe est très dépendant de technologies et de composants américains, des micro-processeurs d'Intel au système d'exploitation mobile Android (Google) en passant par une multitude de services et applications, comme Facebook.

"Nous prenons acte des propos du président Trump ce week-end concernant Huawei et n'avons rien à ajouter à cette heure", s'est contenté de commenter un porte-parole du groupe chinois.

Pour l'analyste Richard Windsor, auteur du blog spécialisé Radio Free Mobile, le mal est fait.

L'atténuation des sanctions "est peu susceptible de donner à Huawei les produits dont il a vraiment besoin et même si c'était le cas, il est fort possible que des dégâts irréparables aient déjà été faits pour (ses) activités smartphones", a écrit M. Windsor.

De plus, en sanctionnant le groupe au nom de la sécurité nationale, Donald Trump a ouvert la voie aux tenants de la ligne dure, "dont le but final n'est pas de résoudre le conflit commercial mais de créer un monde débarrassé des équipements télécoms chinois", estime Samm Sacks, spécialiste du sujet au sein du centre de réflexion New America, spécialisé dans les changements liés aux technologies.

Un compromis possible serait d'adoucir les sanctions sur les activités grand public (smartphones et tablettes) tout en les maintenant pour l'infrastructure télécoms, dit-elle.

Mais quoi qu'il en soit, un accord sur Huawei ne serait sans doute pas de nature à résoudre la lutte entre les deux pays qui se disputent la domination technologique mondiale, estime Mme Sacks, notant que "Pékin n'abandonnera pas ses ambitions" en matière d'intelligence artificielle, objets connectés et 5G...

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