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L'ex-présidente Kirchner, figure de l'opposition dans le viseur de la justice

L'ex-présidente Kirchner, figure de l'opposition dans le viseur de la justice
Cristina Kirchner, le 20 juin 2018, prononce un discours à Buenos AiresEITAN ABRAMOVICH

Cristina Kirchner, qui a gouverné l'Argentine de 2007 à 2015, est la principale figure de l'opposition au président de centre droit Mauricio Macri, malgré un gigantesque scandale de corruption qui éclabousse son administration.

Cette femme de 65 ans, toujours élégante et impeccablement coiffée, est surnommée la "reine du Botox" par ses détracteurs, qui soulignent aussi son goût du maquillage et des sacs à main de luxe.

Déjà dans le collimateur de la justice dans six affaires, elle se trouve depuis plusieurs semaines au centre du scandale des "cahiers de la corruption". Cette affaire hors normes a révélé des versements de pots-de-vin à l'administration Kirchner par des entreprises du bâtiment et de travaux publics (BTP).

Ses résidences à Buenos Aires et dans son fief de Patagonie, au sud du pays, étaient perquisitionnées par la police jeudi.

Cette brillante oratrice se défend en assurant que les accusations à son encontre sont liées aux "intérêts économiques concentrés et hégémoniques très puissants" qu'elle avait menacés durant sa présidence.

Elle soutient aussi que ces investigations n'ont qu'un seul but : l'écarter, en tant que principale figure de l'opposition qui pourrait à nouveau postuler à la présidence, en 2019.

Première dame quand son mari Nestor Kirchner était à la tête du pays (2003-2007), puis présidente de 2007 à 2015, cette ancienne avocate a déjà siégé au Parlement. De 1997 à 2001 comme députée, puis de 2001 à 2007 comme sénatrice.

Cristina Kirchner est mise en examen dans plusieurs affaires et plusieurs de ses proches ont été placés en détention préventive pour des soupçons de corruption.

Mais ses sympathisants ne semblent pas lui en tenir rigueur.

Sénatrice depuis 2017, elle bénéficie d'une immunité parlementaire qui l'empêche d'être emprisonnée ou perquisitionnée mais pas d'être entendue par le juge, mise en examen ou jugée. Le Sénat a partiellement levé son immunité en autorisant des perquisitions.

- Comme Evita -

Née le 19 février 1953 à La Plata, près de Buenos Aires, l'ex-présidente suscite des opinions extrêmement tranchées sur sa personne. Des familles se sont divisées entre pro et anti-Kirchner.

Celle qui est parfois surnommée CFK, ses initales, est adorée dans les quartiers défavorisés, où la population a gagné en pouvoir d'achat pendant la gestion Kirchner, mais détestée par les classes aisées, qui la qualifient de populiste. Comme avant elle Eva Peron, icône populaire et épouse du général Juan Peron qui a gouverné le pays sud-américain dans les années 1940 et 1950.

En 2015, le code électoral ne lui permettait pas de se représenter pour un troisième mandat consécutif. Elle avait alors quitté le pouvoir, avec une cote de popularité de 50%. Et si elle aurait pu se faire élire au Parlement, elle avait préféré prendre du recul et s'installer dans son fief de Patagonie, dans la province de Santa Cruz, d'où Nestor Kirchner était originaire.

Quand elle a succédé à son mari à la tête de la troisième économie d'Amérique latine, elle a accentué la confrontation avec le grand patronat, au premier rang desquels les grands fermiers exportateurs de soja et le puissant groupe de presse Clarin.

Sur le plan diplomatique, Cristina Kirchner s'était affichée aux côtés du Russe Vladimir Poutine, des présidents chinois et iranien, et s'était rapprochée de l'axe bolivarien d'Hugo Chavez (Venezuela), Raul Castro (Cuba) ou Evo Morales (Bolivie), s'éloignant d'alliés traditionnels comme l'Europe et les Etats-Unis.

La veuve de Nestor Kirchner, mort en 2010, revendique les Iles Malouines, archipel inhospitalier de l'Atlantique sud mais terre britannique.

Cette catholique pratiquante a légalisé le mariage homosexuel, et permis aux travestis de changer de sexe à l'état-civil, sans opération. En revanche, elle est résolument opposée à l'avortement.

Le pape François l'a reçue à diverses reprises au Vatican, à Asuncion ou La Havane, déclenchant l'indignation des anti-Kirchner qui trouvent que le souverain pontife n'a pas les mêmes égards avec le président Mauricio Macri.

La relation était moins bonne entre CFK et le cardinal Jorge Bergoglio, alors archevêque de Buenos Aires. Les Kirchner lui reprochaient ses sermons dans lesquels le prélat leur demandait de lutter plus contre la pauvreté.

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