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Argentine: l'ex-présidente Kirchner, cerveau présumé d'un vaste système de corruption

Argentine: l'ex-présidente Kirchner, cerveau présumé d'un vaste système de corruption
L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner quitte un tribunal fédéral, le 13 août 2018 à Buenos AiresEITAN ABRAMOVICH

L'ex-présidente argentine Cristina Kirchner (2007-2015) a été inculpée dans le scandale des "Cahiers de la corruption" qui secoue le pays depuis des semaines, le juge allant jusqu'à demander son placement en détention, même si son immunité parlementaire la protège.

Le juge Claudio Bonadio, en charge de cette affaire qui porte sur 160 millions de dollars de pots-de-vin, soupçonne Mme Kirchner d'avoir été la responsable, avec son mari Nestor Kirchner, président de 2003 à 2007, d'un système de corruption dans lequel des chefs d'entreprises versaient des millions de dollars en liquide à des fonctionnaires du gouvernement en échange de marchés publics.

L'annonce de son inculpation comme "cheffe d'une association illicite" intervient la veille d'une troisième convocation de Mme Kirchner, 65 ans, devant le juge Bonadio.

Le scandale des "Cahiers de la corruption" a éclaté le 1er août à la suite de la publication du contenu de cahiers dans lesquels le chauffeur du vice-ministre de la Planification, Roberto Baratta, notait minutieusement les lieux et dates des remises de sacs d'argent à des membres de l'administration Kirchner, par des chefs d'entreprises du secteur des travaux publics.

- "Pressions" -

Selon le dossier d'inculpation rendu public lundi, "de 2003 à 2015, une collusion entre fonctionnaires et chefs d'entreprises a fait fonctionner un système de distribution de pots-de-vin à des fonctionnaires", dans lequel les chefs d'entreprises "prétendent avoir cédé aux pressions officielles".

"Pour gagner un marché public, une entreprise ou un groupement d'entreprises devaient remettre (une somme d'argent liquide correspondant à) un pourcentage du montant total payé par l'Etat aux fonctionnaires désignés par Nestor Kirchner et Cristina Kirchner", écrit le magistrat que Mme Kirchner a tenté en vain de récuser.

Selon le texte de 500 pages, le juge a déjà demandé le placement en détention de 17 anciens fonctionnaires et 13 chefs d'entreprise. Parmi eux, cinq fonctionnaires et neuf patrons ont accepté de collaborer avec la justice et ont obtenu d'être laissés en liberté. Onze autres suspects ont été inculpés sans détention préventive.

Le juge a aussi ordonné la mise sous séquestre des biens de tous les inculpés à hauteur de 4 milliards de pesos, soit environ 90 millions d'euros.

D'après le magistrat, l'argent remis par les chefs d'entreprise était parfois utilisé pour financer des élections, acheter des juges ou des fonctionnaires, "mais le gros de ces fonds étaient destinés à enrichir le patrimoine personnel de ceux qui, entre 2003 et 2015, ont occupé les plus hautes fonctions".

Il relève que des sacs d'argent ont été remis au domicile du couple Kirchner à Buenos Aires et dans la résidence présidentielle d'Olivos.

- Ministres en prison -

Lors des deux premières comparutions de Mme Kirchner devant le juge, celle-ci a dénoncé une "persécution politique", refusé de répondre aux questions, remettant à la place une déclaration écrite, comme la loi l'y autorise.

Cristina Kirchner a déjà été inculpée dans quatre autres affaires, dont certaines pour corruption. Elle doit être jugée prochainement pour trois d'entre elles.

L'immunité parlementaire assure la liberté à l'ancienne présidente, mais ne l'empêche pas d'être jugée, voire condamnée.

Une levée de cette immunité n'est pas d'actualité, a répété lundi Miguel Angel Pichetto, chef du groupe péroniste Argentiune Federal, le plus représenté au Sénat, rappelant que la levée de l'immunité n'intervenait "qu'en cas de condamnation, pas en cas de prison préventive".

Le juge Bonadio a déjà expédié en prison une dizaine de fonctionnaires du ministère de la Planification, qui était le centre névralgique de la corruption liée aux travaux publics. Parmi eux, le vice-ministre Roberto Baratta, dont le chauffeur Oscar Centeno a révélé les remises de sacs d'argent.

M. Bonadio n'a pas eu besoin de signer un mandat d'arrêt contre le ministre de la Planification Julio De Vido, ni contre le vice-ministre Julio Lopez: tous deux se trouvaient déjà en prison dans le cadre d'autres affaires.

L'arrestation de Julio Lopez, en juin 2016, avait été rocambolesque. Il avait été pris en flagrant délit alors qu'il tentait de dissimuler 9 millions de dollars en liquide dans un couvent près de Buenos Aires.

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