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L'humour corrosif de Phoebe Waller-Bridge triomphe aux Emmys

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La Britannique Phoebe Waller-Bridge a triomphé dimanche aux Emmy Awards, récompenses de la télévision américaine, portée par un jeu décalé et une plume corrosive.

L'adaptation télévisée de son one woman show "Fleabag" a raflé quatre statuettes, dont celle de la meilleure série de comédie mais aussi de la meilleure actrice dans cette catégorie.

Elle a coiffé au poteau la super favorite, Julia Louis-Dreyfus.

"C'est tout simplement merveilleux et rassurant de savoir qu'une femme dégoûtante, tordue et en colère puisse gagner aux Emmys", a dit dimanche celle qui se définit avant tout comme un auteur, dans son style atypique et plein d'auto-dérision.

"PWB", c'est d'abord une allure. Celle d'une trentenaire élancée, qui frôle le mètre quatre-vingt, carré brun court, nez effilé, élégante, immanquable dans le paysage télévisuel.

Il y a aussi cette voix de gorge, ce débit de mitraillette, ce rire toujours au coin des lèvres, qui habitent "Fleabag", la série dont elle est l'héroïne.

Derrière ce personnage, mélange très britannique, comme elle, d'une éducation impeccable et d'un sens aigu de la dérision, il y a une écriture affûtée qui explique son ascension bien plus que son seul jeu d'actrice.

Dans "Fleabag", dont la seconde saison a été diffusée sur la BBC puis la plateforme Amazon, Phoebe Waller-Bridge offre un cocktail détonnant d'humanité sans filtre, avec de l'humour irrévérencieux, du sexe, de la noirceur, mais rien de gratuit.

"Mon idée de départ, c'était de dire les choses que les femmes ne disent pas ouvertement d'habitude", expliquait-elle dans un entretien au site Broadway World, début mars.

"Nous faisons toujours comme si nous étions innocentes et adorables, ces petites créatures parfaites", disait-elle, "mais en réalité, nous avons beaucoup, beaucoup d'autres facettes."

Le personnage principal, qui rompt fréquemment le "quatrième mur" pour s’adresser directement au spectateur, est uniquement connu sous le nom de "Fleabag", qui peut se traduire par "pouilleux" ou "cracra".

Jeune femme en révolte contre les conventions et contre elle-même, elle est fêlée, parfois auto-destructrice, mais son personnage ne tombe jamais dans la caricature.

Phoebe Waller-Bridge "ne s'excuse pas de présenter une héroïne imparfaite", avait renchéri, dans un entretien à l'AFP au printemps, Andrew Scott, l'un des personnages principaux de la saison 2.

- "Killing Eve" aussi -

Ce ton est à ce point dans son époque que Canal+ a commandé une adaptation française, "Mouche", avec Camille Cottin (vue notamment dans "Dix pour cent") dans le rôle principal.

Il n'en fallait pas plus pour que la Britannique soit érigée en héroïne féministe.

"Parce que c'est une femme qui l'a écrite, on souligne que c'est une série féministe, mais je pense que parfois, cela sape le travail effectué", considère Andrew Scott. "Je pense que son talent et son don, c'est sa compréhension de l'humain."

Cette dimension féministe est renforcée par sa propension à offrir à d'autres actrices des rôles denses, eux aussi plein de contradictions.

C'est le cas dans "Fleabag", où rayonne Olivia Colman, oscarisée pour "La Favorite", en belle-mère passive-agressive. Ou, dans la série "Killing Eve" que "PWB" a adaptée au petit écran, des actrices Jodie Comer et Sandra Oh.

Dimanche, Jodie Comer a été primée dans la catégorie meilleure actrice dans une série dramatique, complétant la moisson de Phoebe.

Après la deuxième saison de "Fleabag" et celle de "Killing Eve", Phoebe Waller-Bridge s'est déjà envolée vers d'autres horizons.

Elle a été appelée au chevet du script du 25e opus des aventures de James Bond, à la demande expresse de 007 lui-même: le comédien Daniel Craig voulait voir davantage d'humour dans ce film attendu en salle en avril 2020.

Ensuite, viendra une nouvelle série, "Run", commandée par HBO, écrite avec sa complice de toujours, Vicky Jones, et qui mettra en scène une femme en quête de réinvention.

Pour "Fleabag", c'en est sans doute fini après deux saisons, a-t-elle laissé entendre.

"J'ai le fantasme de ressusciter Fleabag lorsque j'aurai 50 ans", a-t-elle toutefois lancé début août. Rendez-vous en 2035.

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