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L'Indonésie veut implanter sa nouvelle capitale dans l'est de Bornéo

Le président indonésien Joko Widodo a annoncé lundi qu'un site de l'est de l'île de Bornéo avait été choisi pour transférer la capitale politique du pays hors de Jakarta, mégalopole engorgée et menacée par une montée des eaux.

Le site a été d'abord choisi "parce qu'il présente un risque faible de désastre naturel", inondation, tremblement de terre, tsunami ou éruption volcanique, a souligné le président dans un discours, alors qu'une vaste partie de l'archipel indonésien est situé sur la ceinture de feu du Pacifique.

Le nouveau site dans la province orientale de Kalimantan (partie indonésienne de Bornéo) a aussi été choisi "parce que sa localisation est stratégique, c'est au centre de l'Indonésie", a-t-il noté.

Le site proposé, entre les villes de Balikpapan et Samarinda, est situé dans une région de forêt tropicale dotée d'une grande biodiversité. La future capitale n'a pas encore été baptisée officiellement.

"Le fardeau supporté actuellement par Jakarta est trop lourd en tant que centre politique, économique, financier ainsi que pour le commerce et les services", a souligné le président indonésien.

Et "depuis qu'elle est indépendante, l'Indonésie n'a jamais choisi sa capitale", a-t-il rappelé.

L'idée de déménager la capitale indonésienne est évoquée depuis des décennies et avait été soutenue par Sukarno, le premier dirigeant de l'Indonésie indépendante.

Le transfert de la capitale à Bornéo devrait aussi permettre de rééquilibrer le développement de l'archipel où le poids de l'île de Java est actuellement prééminent avec plus de la moitié des 260 millions d'habitant du pays et près de 60% de l'activité économique.

"Déménager la capitale hors de Java permettra de renforcer l'unité du pays'", a estimé l'analyste politique Kevin O'Rourke.

"Jakarta continuera à être une mégalopole, un centre financier et commercial, pour plusieurs décennies, mais elle est menacée par le changement climatique", souligne-t-il.

Le gouvernement va élaborer une loi qui sera proposée au Parlement pour acter le changement de capitale, a précisé le président qui a estimé à quelque 33 milliards de dollars le coût de l'opération.

Après une phase de préparation en 2020, le déménagement des institutions gouvernementales devrait commencer à partir de 2024, a précisé le ministre de la planification Bambang Brodjonegoro.

- forêt primaire et ourangs-outans -

L'île de Bornéo, partagée entre l'Indonésie au sud et la Malaisie et Brunei au nord, abrite une forêt primaire avec de nombreuses espèces endémiques. C'est notamment l'un des habitats des orangs-outans.

Et des protecteurs de l'environnement s'inquiètent déjà du risque que fait peser le projet pour les espèces menacées.

"Le gouvernement doit s'assurer que la nouvelle capitale ne soit pas construite sur une zone protégée ou de conservation", a observé Jasmine Putri, de l'ONG Greenpeace Indonesie.

La région a aussi été récemment ravagée par des feux de forêt qui ont provoqué des nuages de fumée massifs.

"Cela fait de Kalimantan une solution inadéquate pour une nouvelle capitale", a estimé l'urbaniste Nirwono Joga. D'autant plus que "cela ne résoudra pas forcément les problèmes de Jakarta comme les inondations, les embouteillages et l'urbanisation incontrôlée", a-t-il souligné.

La mégalopole, construite sur le site de l'ancienne capitale Batavia établie par les colons hollandais il y a près de 500 ans, voit une partie de son territoire s'enfoncer sous les eaux.

Au rythme actuel, un tiers de la ville pourrait se retrouver sous la mer d'ici 2050, selon des experts environnementaux. La capitale est fragilisée par une mauvaise planification urbaine et le fait qu'une bonne partie des habitants n'a pas de réseau d'adduction d'eau et puise dans les nappes phréatiques ce qui entraîne l'affaissement de quartiers entiers.

Jakarta compte quelque 10 millions d'habitants et sa conurbation 30 millions.

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