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L'Iran et le risque de prolifération nucléaire

L'Iran et le risque de prolifération nucléaire
Vue générale du réacteur à eau lourde d'Arak, dans le centre de l'Iran, en 2011Hamid FOROUTAN

L'Iran a franchi un nouveau cap dans son désengagement de l'accord de 2015 sur son programme nucléaire, en annonçant lundi avoir enrichi de l'uranium au niveau prohibé de 4,5% en réponse au rétablissement des sanctions américaines.

- Quel est l'enjeu du degré d'enrichissement de l'uranium ?

L'enrichissement d'uranium consiste à augmenter la proportion d'isotope fissile dans l'uranium.

En vertu de l'accord de 2015, l'Iran ne pouvait enrichir de l'uranium qu'à hauteur de 3,67%, un niveau permettant d'alimenter les centrales pour la production d'électricité mais qui reste bien en deçà des 90% requis pour fabriquer une bombe.

Le dépassement du plafond de 3,67% représente une étape technique importante permettant d'atteindre rapidement des concentrations supérieures, souligne Robert Kelley, expert à l'Institut international de Stockholm pour la recherche sur la paix (Sipri).

"Si vous enrichissez à 3,5%, vous avez parcouru la moitié du chemin, et si vous montez jusqu'à 20%, vous avez fait environ 80% du travail", a indiqué à l'AFP cet ancien inspecteur de l'AIEA.

En pratique, un enrichissement limité à 5% resterait toutefois "insignifiant" d'un point de vue militaire et relèverait avant tout d'une acte "politique" pour tenter d'obtenir une levée des sanctions, estime M. Kelley.

- Quels volumes ?

Selon les experts, il faut l'équivalent d’une tonne d’uranium légèrement enrichi pour confectionner une bombe atomique, après obtention d'une vingtaine de kilos enrichis à 90% .

L'accord de Vienne avait fixé le stock maximum autorisé d'uranium légèrement enrichi à 300 kilos, un plafond dépassé de quelques kilos début juillet.

L'objectif de l'accord était de porter à au moins un an le temps nécessaire à l'Iran pour se doter le cas échéant de la bombe, un compte à rebours désormais virtuellement engagé.

La quantité disponible d'uranium faiblement enrichi n'est cependant qu'un des multiples paramètres du processus de fabrication. L’analyste français François Nicoullaud estime qu'il faudrait en pratique de "trois à cinq ans" à l'Iran pour disposer d'une réelle capacité nucléaire militaire.

- Pourquoi parle-t-on du réacteur d'Arak ?

L'Iran a également annoncé vouloir reprendre la construction de son réacteur à eau lourde d'Arak, dans le centre de l'Iran, modifié depuis l'accord de manière à y rendre impossible la production de plutonium, autre moyen que l'uranium pour parvenir à une bombe atomique.

David Albright, président de l'Institut des sciences et de la sécurité internationale de Washington, estime que ce serait "à prendre très aux sérieux et donnerait une impulsion majeure au E3 (les pays européens partie à l'accord) pour réintroduire des sanctions".

Mais "plusieurs années seraient nécessaires à l'Iran pour achever le réacteur et produire du plutonium", précise-t-il. "L’échelle de temps est là de 10 à 15 ans", confirme M. Nicoullaud.

- Quelles autres étapes ?

Téhéran a tenu à souligner que les violations annoncées jusqu'à présent sont réversibles "en quelques heures" en cas de progrès suffisants dans les négociations avec les grandes puissances.

Mais faute d'avancées, l'Iran pourrait relancer son programme d'installation de centrifugeuses destinées à enrichir l'uranium, avec notamment la mise en service de modèles IR-2M, plus perfectionnés que les centrifugeuses IR-1 actuellement utilisées.

Avec le redéploiement de modèles IR-2M, l'Iran pourrait réduire à sept mois le temps nécessaire à l'enrichissement de l'uranium permettant de fabriquer une arme, selon M. Albright.

Avant l'entrée en vigueur de l'accord qui a drastiquement réduit le nombre de ces machines, l'Iran disposait d'environ 20.000 centrifugeuses de tout type et avait amassé environ 8.000 kilos d'uranium faiblement enrichi.

Au-delà des stricts ingrédients nucléaires, le pays doit disposer d'autres équipements industriels pour produire une bombe : "il faut se demander où ils en sont dans le développement d'explosifs de grande puissance, d'usinage", souligne Robert Kelley, selon lequel l'Iran présente un "déficit" dans ce domaine.

L'Iran, qui jusqu'à nouvel ordre reste soumis à des inspections renforcées de l'AIEA, devrait également procéder à des essais et à l'achat de divers équipements, autant d'activités qui devraient être détectables.

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