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L'Iran, fébrile, attend le retour des sanctions américaines

Les Iraniens se préparent lundi au retour des sanctions américaines, sur fond de manifestations contre les difficultés économiques et la corruption qui fragilisent le gouvernement du président Hassan Rohani.

Ces derniers jours, plusieurs villes ont été le théâtre de manifestations sporadiques et de grèves, fruits de l'inquiétude grandissante et d'un sentiment de colère envers le système politique.

La pression semble s'accentuer à la veille du rétablissement des sanctions économiques, décidé par Donald Trump après le retrait unilatéral de Washington de l'accord historique sur le nucléaire conclu en 2015 entre Téhéran et les grandes puissances.

Le secrétaire d'Etat américain, Mike Pompeo, a promis que les Etats-Unis "feraient respecter les sanctions", dont la première vague entrera en vigueur mardi à 04H01 GMT.

Ces mesures risquent de lourdement peser sur une économie déjà à la peine, qui souffre d'un taux de chômage élevé et d'une nette inflation. Le rial iranien a plongé, perdant près des deux tiers de sa valeur en six mois.

Pour tenter d'endiguer cette crise endémique, M. Rohani doit présenter lundi à 21H40 (17H15 GMT) lors d'un discours télévisé son plan contre la chute de la monnaie et l'impact des sanctions.

Son gouvernement a déjà annoncé dimanche un assouplissement des mesures encadrant le taux de change du rial. Les bureaux de change, fermés en avril, devraient notamment être rouverts, même si leur activité sera strictement surveillée.

Sommée par des responsables religieux d'agir contre la corruption, l'autorité judiciaire a pour sa part annoncé l'arrestation du vice-gouverneur et chef du département des changes de la Banque centrale d'Iran, Ahmad Araghchi, avec d'autres responsables et quatre cambistes accusés de spéculation.

- "Pression maximale" -

Dimanche soir, la tension semblait toujours vive à Karaj, ville située à l'ouest de Téhéran et au centre des récents troubles. Des journalistes ont constaté une forte présence de policiers anti-émeute.

Les autorités ont imposé de sévères restrictions à la presse, rendant impossible de vérifier de source indépendante l'ampleur de ces protestations. L'accès des téléphones portables à internet a été coupé dans la région.

Les médias conservateurs ont relayé ces manifestations au moment où le président modéré Hassan Rohani semble fragilisé, lui qui avait misé gros sur l'accord de 2015.

Conclu au terme de plusieurs années de négociations, ce dernier vise à garantir le caractère strictement pacifique du programme nucléaire iranien en le soumettant à une surveillance draconienne. En échange, il prévoyait la levée des sanctions économiques contre Téhéran.

Dans son dernier rapport, l'Agence internationale de l'énergie nucléaire (AIEA) avait attesté fin mai que l'Iran continuait de respecter ses engagements.

Donald Trump, qui n'a cessé de critiquer l'accord, a répété sa détermination à exercer une "pression maximale" sur la République islamique.

La première vague de sanctions comprendra des blocages sur les transactions financières et les importations de matières premières, ainsi que des mesures pénalisantes sur les achats dans le secteur automobile et l'aviation commerciale. Elle sera suivie, en novembre, de mesures affectant le secteur pétrolier et gazier ainsi que la Banque centrale.

Selon M. Pompeo, les Iraniens "sont mécontents de l'incapacité de leur direction à tenir les promesses économiques qu'elle leur a faites". "Les Iraniens sont mécontents, pas envers les Etats-Unis mais envers leur propre direction", a-t-il dit.

Donald Trump a surpris, la semaine dernière, en affirmant être prêt à rencontrer les dirigeants iraniens "quand ils veulent", après une guerre des mots avec son homologue iranien.

Son conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a par le passé plaidé publiquement en faveur d'un changement de régime.

"Pour Bolton et les autres, la pression est une fin en soi", analyse Suzanne Maloney, chercheuse au centre de réflexion Brookings Institution.

Aux yeux de l'administration Trump, "tant mieux si elle mène à une capitulation" face aux demandes américaines, mais "encore mieux si elle mène à un changement de régime", affirme-t-elle à l'AFP.

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