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L'ONU dénonce l'"érosion" de l'Etat de droit au Venezuela

La Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a dénoncé vendredi devant le Conseil des droits de l'homme l'"érosion de l'Etat de droit" au Venezuela, mais aussi les sanctions internationales qui aggravent la crise.

Présentant son rapport sur le Venezuela qui fait état de milliers de personnes tuées par les forces de sécurité, Michelle Bachelet a affirmé que l'exercice des libertés et droits fondamentaux, comme la liberté d'opinion, comporte dans ce pays "un risque de représailles et de répression".

"Les principales institutions et l'Etat de droit au Venezuela ont été érodés", a dit la Haut-Commissaire, qui s'est rendue à Caracas du 19 au 21 juin.

Ce rapport, publié la veille, a été immédiatement dénoncé par Caracas comme un document truffé d'"erreurs". Le vice-ministre vénézuélien des Affaires étrangères, William Castillo, présent à l'ONU vendredi, a exigé lui la "correction" du rapport.

S'exprimant devant les médias, Mme Bachelet a indiqué qu'elle allait continuer à coopérer avec Caracas, mais averti que "l'Etat a la responsabilité première de garantir les droits humains".

- 'Pas de date-butoir' -

Bien qu'étant très critique à l'égard de Caracas, la Haut-Commissaire a estimé qu'il fallait "donner une opportunité" au gouvernement de mener des réformes, sans fixer de "date butoir".

Elle a souligné le "nouvel engagement" de Caracas suite à la libération de 62 détenus quelques jours après sa visite et "22 autres hier, dont le journaliste Braulio Jatar et la juge Lourdes Afiuni".

Le gouvernement a également accepté la présence de deux délégués de l'ONU chargés de surveiller la situation des droits humains, ainsi que la venue de dix Rapporteurs spéciaux au cours des deux prochaines années.

Caracas s'est par ailleurs engagé à offrir à l'ONU un "accès total à tous les centres de détention", a indiqué Mme Bachelet.

Le rapport indique que depuis 2018, près de 7.000 personnes ont été tuées dans des cas relevant de la "résistance à l'autorité", selon le gouvernement, au cours d'opérations de sécurité.

Ce chiffre est "extrêmement élevé" selon Mme Bachelet, qui dénonce aussi les menaces, tortures, détentions arbitraires et disparitions forcées subis par les opposants et défenseurs des droits humains.

Dans son rapport, elle demande la dissolution des Forces d'action spéciales (FAES, un corps d'élite de la police nationale créé en 2017) et l'établissement d'un mécanisme national, avec le soutien de la communauté internationale, "pour enquêter sur les exécutions extrajudiciaires menées pendant les opérations de sécurité".

- 'Ecarts ponctuels' -

S'exprimant devant le Conseil des droits de l'homme, William Castillo a reconnu que le système judiciaire de son pays souffrait de "faiblesses" et que les institutions policières avaient fait preuve d'"écarts ponctuels".

Mais Caracas "rejette catégoriquement (l'accusation de) criminalisation des forces de sécurité et des forces armées", a-t-il ajouté.

Il a également défendu l'action du gouvernement face aux "risques graves" pour la sécurité nationale auxquels doit faire face le Venezuela, pointant "des plans de coup d'Etat" et les menaces d'"intervention étrangère" lancées par le président américain Donald Trump.

Le Venezuela traverse depuis des mois une profonde crise politique, avec la lutte entre le président Nicolas Maduro et l'opposant Juan Guaido, qui s'est proclamé président par intérim et a été reconnu comme tel par une cinquantaine de pays, dont les Etats-Unis.

Le pays est aussi en proie à une grave crise économique, aggravée par un embargo pétrolier et des sanctions financières imposés par Washington pour tenter de chasser M. Maduro du pouvoir, et souffre de pénuries de nourriture et de médicaments.

Selon les Nations unies, plus de 7 millions de Vénézuéliens, soit un quart de la population, ont besoin d'une aide humanitaire d'urgence.

Mme Bachelet a critiqué à plusieurs reprises les sanctions contre le Venezuela et ciblé en particulier les Etats-Unis. Vendredi, elle a de nouveau relevé que "les dernières sanctions économiques aggravent encore" la situation dans ce pays latino-américain "étant donné que la plupart des recettes en devises du pays proviennent des exportations de pétrole, dont beaucoup sont liées au marché américain".

"En outre, les effets de ces sanctions semblent affecter la capacité de l'Etat à fournir des services de santé de base à la population", a-t-elle insisté.

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