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L'un des plus anciens détenus de France va sortir de prison

L'un des plus anciens détenus de France va sortir de prison
Michel Cardon au tribunal d'Amiens (Somme) le 10 juillet 1979-

Condamné à la perpétuité pour un meurtre commis en 1977, Michel Cardon a passé plus de quarante ans en détention et va sortir de prison en juin.

A 67 ans, il est l'un des plus anciens détenus de France.

Le tribunal d'application des peines d'Arras a accordé à Michel Cardon sa remise en liberté conditionnelle "sous condition du bon déroulement d'un placement à l'extérieur" pendant un an à compter du 1er juin 2018, a indiqué dans un communiqué le procureur d'Arras, André Lourdelle.

Il sera ainsi, à partir de cette date placé dans un centre d’hébergement et de réinsertion du Val-d'Oise, a précisé à l'AFP Me Éric Morain, l'avocat de Michel Cardon, détenu au centre de détention de Bapaume (Pas-de-Calais). Il devra s'y soumettre à des soins psychologiques et psychiatriques, a détaillé le procureur.

"C'est l'une de mes plus grandes émotions professionnelles, c'est une grande joie pour lui et j'espère qu'il pourra en profiter pleinement", a réagi Me Morain.

Cette demande de libération conditionnelle avait été déposée en 2016 après cinq requêtes rejetées, les experts relevant un risque de récidive toujours présent, selon le parquet. Une sixième requête avait fait l'objet d'un désistement.

Le parquet avait requis le 15 mars un placement extérieur probatoire à une libération conditionnelle dans un établissement pour personnes âgées dépendantes. Une demande "en droit et en humanité, lors d'une audience de justice comme on l'aime, comme on la rêve", a salué vendredi Me Morain.

"Compte tenu de l'état de dégradation physique de M. Cardon, nous avons estimé, du point de vue du parquet, que le risque de réitération apparaissait désormais limité", avait déclaré à l'AFP le procureur d'Arras, André Lourdelle.

"Les expertises et évaluations pluridisciplinaires les plus récentes ont relevé une dégradation importante des fonctions cognitives" du détenu, peut-on lire dans la décision consultée par l'AFP. "Le dernier expert n'a retrouvé aucun élément en faveur d'un risque de récidive."

- "Incarcéré à 26 ans" -

Dans un courrier daté du 12 février et révélé par le JDD, Me Morain avait demandé la grâce de son client au président Emmanuel Macron. Selon lui, M. Cardon est l'un des plus anciens prisonniers de France.

Sa privation de liberté a été continue, Michel Cardon n'ayant connu "aucune sortie exceptées celles liées aux transferts d'établissements", détaille la décision.

M. Cardon et un complice avaient été condamnés en 1979 à la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre à Amiens d'un voisin qu'ils avaient cambriolé. La peine de mort avait été requise. Les deux hommes étaient repartis avec un maigre butin de 200 francs et une charrette d'objets dérisoires.

Michel Cardon, sous tutelle depuis 10 ans, a ainsi été incarcéré à 26 ans, le 29 octobre 1977. Il est écroué au centre de détention de Bapaume depuis le 5 juin 1996.

"C'est quelqu'un de discret, qui n'a jamais posé de problèmes en détention, il ne faisait pas parler de lui, il restait beaucoup dans sa cellule. Il était temps qu'il sorte, la détention l'a esquinté, il a 67 ans mais il en paraît 80", a témoigné Freddy Daucourt, surveillant et délégué FO à Bapaume.

Son premier parloir en trente-huit ans d'incarcération sera celui de son co-détenu tout juste libéré à l'été 2016, le second celui de son avocat qui, dans une lettre ouverte, déplorera : "La société qui vous a sanctionné a choisi aussi de vous oublier".

Dans son courrier à Emmanuel Macron, Me Morain avait souligné l'absence de "dangerosité" de Cardon "éteint par cette trop longue détention."

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