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La désinformation, enjeu majeur du débat électoral au Brésil

 

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À trois mois de l'élection présidentielle au Brésil, qui s'annonce comme un duel entre Lula et Jair Bolsonaro, la désinformation est un enjeu majeur, avec des publications de plus en plus complexes à vérifier, en raison de la multiplication des plateformes et de contenus trompeurs.

Depuis le début de l'année, le nombre de vérifications de l'équipe de fact-checking de l'AFP sur les élections générales d'octobre n'a cessé d'augmenter: il a été multiplié par quatre entre janvier et juin.

"Ces derniers mois, la désinformation au sujet des élections a pris une place prépondérante sur les réseaux, détrônant le Covid", constate Sergio Lüdtke, coordinateur du collectif Comprova, qui réunit 42 médias impliqués dans la vérification d'informations, dont l'AFP.

Selon lui, "la pandémie a été transformée en événement politique" et a "servi de galop d'essai" pour les groupes qui disséminent de fausses informations. Et à l'approche du scrutin d'octobre, la vérification s'annonce "beaucoup plus complexe" que des élections précédentes en 2018, souligne-t-il.

Au Brésil, la plupart des contenus viraux sur les élections portent sur les deux grands favoris de la course à la fonction suprême: le président actuel d'extrême droite Jair Bolsonaro et Luiz Inacio Lula da Silva, qui a gouverné à gauche de 2003 à 2010.

De nombreuses publications mettent également en doute le système d'urnes électroniques en vigueur dans le pays depuis 1996.

- Évolution de la désinformation -

Lula est pour le moment largement en tête des intentions de vote au premier tour (47% selon un sondage récent de l'institut de référence Datafolha), loin devant Bolsonaro (28%), tandis que les autres candidats se partagent les miettes, aucun d'entre eux ne dépassant les 8%.

Le 2 octobre, les électeurs vont aussi devoir choisir leurs députés fédéraux et régionaux, ainsi qu'une partie des sénateurs.

En 2018, les élections générales avaient déjà été marquées par la dissémination massive de fausses informations, notamment sur Whatsapp. Mais elles étaient plus facilement vérifiables.

"Aujourd'hui, on voit de plus en plus de contenus qui ne sont pas forcément faux en soi, mais qui induisent une interprétation trompeuse", explique Sergio Lüdtke.

C'est ce qu'a démontré l'AFP en mai, en analysant un tweet remettant en cause la crédibilité des instituts de sondages qui interrogent "seulement mille personnes".

Ce chiffre est correct, mais l'interprétation erronée: des spécialistes ont expliqué que cet échantillon était tout à fait fiable si le profil des personnes interrogées était conforme à la diversité de la population.

"Une des stratégies de ceux qui pratiquent la désinformation est de semer le doute chez les internautes, en mélangeant tellement les faits que le lecteur ne sait plus à qui faire confiance", dit Pollyana Ferrari, spécialiste en communication qui coordonne les vérifications d'informations à l'université catholique PUC.

- Nouvelles plateformes -

Depuis 2018, certaines plateformes ont conquis de plus en plus d'adeptes au Brésil, notamment la messagerie Telegram ou les applications de vidéo TikTok et Kwai, qui permettent de publier rapidement des contenus visuels et de les manipuler facilement.

C'est arrivé, par exemple, avec une vidéo partagée plus de 100.000 fois qui semblait montrer des supporters de foot criant "Lula, voleur" dans un stade plein lors d'un match de l'équipe nationale brésilienne de football. Un autre enregistrement audio avait en fait été inséré sur les images, en utilisant une fonction disponible sur TikTok.

Pour Pollyana Ferrari, cette plateforme symbolise le nouveau visage de la désinformation de nos jours: plus dynamique, et avec une dimension humoristique.

"Comme un virus, ces fausses informations contaminent les oreilles, troublent la vue, s'installent dans l'esprit et se cachent derrière un humour qui semble inoffensif, mais devient un vecteur de transmission" encore plus redoutable, dit-elle.

Le Tribunal supérieur électoral du Brésil, chargé de veiller au bon déroulement du scrutin, s'alarme que "les informations fausses ou sorties de leur contexte affectent les jugements de valeur et induisent les électeurs à faire leur choix en se basant sur des perceptions erronées de la réalité".


 

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