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La famille impériale se voit sur le trône, pour régler le "chaos" au Brésil

La famille impériale se voit sur le trône, pour régler le
Don Fernando de Orleans e Braganca (G), Dona Maria da Graca de Orleans e Braganca (C) et Don Bertrand de Orleans e Braganca, 77, prince héritier descendant direct du dernier empereur du Brésil, à RioMauro PIMENTEL

Pour Bertand d'Orléans-Bragance, descendant direct du dernier empereur du Brésil, le "chaos" qui secoue son pays n'a qu'une solution: le retour de sa famille au pouvoir.

"Si la monarchie revenait, ce serait un soulagement. Il y aurait une grande fête nationale parce que les gens en ont assez de la République", affirme très sérieusement l'arrière-arrière petit-fils de Pedro II, qui a régné de 1840 à 1889, date de la proclamation de la République.

Même si une grande partie de la population ignore totalement son existence, le prince héritier de 77 ans reste persuadé d'avoir un rôle à jouer dans un pays en proie à des scandales de corruption à répétition et des conflits sociaux qui ont causé des milliards de réais de pertes à l'économie pendant plus d'une semaine.

Chaque année, la famille impériale organise une grande réunion avec des sympathisants à Rio de Janeiro, des "Rencontres monarchiques", qui ont réuni dimanche une centaine de personnes originaires de plusieurs régions du Brésil.

Tirés à quatre épingles, des Brésiliens de tous âges saluaient avec des révérences "son altesse" le prince héritier avant d'entrer dans une église de style colonial nichée sur une colline de Gloria, quartier aisé du sud de Rio.

Presque tous blancs (dans un pays où plus de la moitié de la population est noire), arborant un pin's avec le symbole de la monarchie brésilienne, ils attendent avec impatience une poignée de main de dom Bertrand, grand et élancé malgré son âge mûr, le crâne dégarni, cravate mauve sur costume bleu marine.

- "Messe impériale" -

"Beaucoup de gens demandent même une intervention militaire parce que les Brésiliens ne savent plus à quel saint se vouer. Nous ne nous sentons pas représentés par les hommes politiques actuels", estime Gracian Pereira, anesthésiste de 37 ans venue spécialement de Porto Alegre, ville du sud du Brésil située 1.500 km de là.

"Dans la famille impériale brésilienne, il y a des personnalités fantastiques, bien meilleures que nos politiciens", ajoute-t-elle.

Une liturgie en latin, même si le prêtre, qui revêtait un habit doré de cérémonie, a fait un aparté en portugais pour évoquer "un passé glorieux, de rois, d'empereurs et de saints".

"Le Brésil a perdu le Nord au moment de la chute de l'empire. C'est à partir de ce moment que tout a commencé à dégringoler", déplore Uilian Martins, pédagogue de 33 ans venu de l'Etat amazonien de Rondonia (ouest).

Venue par hasard pour visiter l'église, Ana Paula Logrado, administratrice d'entreprises de 41 ans, n'est pas du tout ce cet avis. "En fait, je crois que la corruption qu'on voit en ce moment avait commencé à cette époque".

- "Charme" -

Même si seulement 10% des Brésiliens se sont prononcés pour une restauration de la monarchie lors d'un référendum en 1993, Bertrand est persuadé que le résultat serait fort différent aujourd'hui.

Selon lui, le Brésilien est "indirectement" monarchiste. Il cite des références disséminées dans la culture populaire, comme le "Roi" Pelé qui a régné sur le football ou les "Reines" de batterie qui règnent sur les percussionnistes des écoles de samba.

"La monarchie a un certain charme que n'a pas la République", conclut le prince héritier, qui se place résolument à droite sur l'échiquier politique.

Pour lui, le Parti des Travailleurs de l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), aujourd'hui en prison pour corruption, est une "secte".

Il est en outre opposé au mariage entre personnes du même sexe et considère que le racisme n'existe pas au Brésil, pays pourtant en proie à de nombreuses inégalités souvent liées à la couleur de peau.

Même si la monarchie était rétablie, en théorie, ce ne serait pas lui qui monterait sur le trône, mais son frère Luiz, 80 ans, célibataire et sans enfant tout comme lui.

Mais l'aîné n'a pas pu participer à la "messe impériale" pour des raisons de santé et Bertrand incarne les espoirs de la plupart des nostalgiques.

Pour le principal intéressé, ce rêve n'est pas si lointain. "C'est un fruit qui murit. Personne ne sait quand cela aura lieu, mais je verrai la restauration de la monarchie de mes propres yeux".

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