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La galère des mineurs étrangers à Marseille, ballottés de la rue à l'hôtel

Enfants

Une simple chambre aux murs nus: c'est "le plus beau foyer" que Saliew ait connu. Arrivé à Marseille après avoir fui son pays, cet orphelin gambien de 16 ans occupe un bâtiment du diocèse, symbole des difficultés rencontrées par les mineurs étrangers dans la ville.

Soutenus par un collectif de militants, une soixantaine de mineurs et une centaine d'autres migrants avec de jeunes enfants vivent depuis le 18 décembre dans cette bastide vide de deux étages, où le diocèse a rallumé le chauffage et l'électricité.

"Ici on est aidés par des gens bien, ça fait longtemps que ça ne m'était pas arrivé", souffle Saliew. A 14 ans, il a fui son pays après la mort de son père, tué dans un coup d'Etat, pour échouer dans l'enfer libyen. Il est jeté en prison, violé et torturé, raconte-t-il à l'AFP, avant de réussir à s'enfuir par la mer, direction l'Italie. Quand il arrive enfin à Briançon (Hautes-Alpes) après des heures de marche dans la montagne, il s'écroule et est hospitalisé.

A Marseille, il espère trouver "une école, une maison". "Je suis un enfant", rappelle-t-il en anglais: "Mais je n’ai personne en Europe, je n’ai pas de famille. J’ai besoin qu’on m’aide, qu’on me soigne".

"Quand on se croit arrivé et qu'on pense qu'on n'est plus obligé de mobiliser toutes nos ressources pour tenir le coup, on lâche, et certains sont profondément découragés", souligne Anne Gautier, membre de RESF (Réseau éducation sans frontière). "On n'accepte pas que des enfants soient à la rue alors qu'ils ont des droits", martèle-t-elle, ravie que le "foyer Saint-Just" soit visible de la fenêtre du bureau de la présidente du département, Martine Vassal (LR).

La loi impose en effet au département d'offrir un accueil provisoire d’urgence --à l'hôtel notamment-- à tout migrant se déclarant mineur non accompagné (MNA), en attendant son évaluation.

Selon Mme Gautier, une centaine de ces mineurs en attente d'une évaluation vivent actuellement dans les rues de Marseille. Le tribunal administratif a déjà condamné à plusieurs reprises le département à des astreintes journalières pour avoir manqué à ses obligations.

- "On ne peut pas faire face" -

"Tout ça nous a un peu +pété+ à la figure tant ça a été fulgurant", assure David Le Monnier, chargé des MNA à l'ADDAP 13, une association missionnée par le conseil départemental.

Les mineurs non accompagnés pris en charge par la collectivité sont aujourd'hui plus de 800, contre 577 en 2017. Quelque 600, qui n'ont pas encore été évalués par les services compétents, s'ajoutent à ces chiffres.

Une fois "mis à l'abri" les jeunes sont évalués par des travailleurs sociaux, puis présentés à un juge des enfants, qui délivre une ordonnance provisoire de placement (OPP) à ceux dont il accrédite la minorité et l'isolement.

Ce document contraint le département à une prise en charge socio-éducative, ce qu'il assure effectuer à 95%. "C'est 90%", rectifie Anne Gautier. "Et ensuite? Et les 10%? Qu’est-ce qu’on penserait d’un service hospitalier qui dirait +on s'occupe de 90% des malades+?".

Elle dénonce aussi le placement de MNA dans des hôtels "sociaux" où travaillent prostituées et dealers. Le responsable de l'ADDAP 13 estime pourtant que si l'hôtel n'est "pas idéal" mais faute de place dans des hébergements adaptés "on peut y entamer un suivi socio-éducatif".

Tous les acteurs s'entendent sur un point: ils dénoncent le système de répartition des MNA sur le territoire, qui pousse des juges de toute la France à délivrer des OPP dans les Bouches-du-Rhône, le département qui accueille le plus de MNA en France derrière le Nord. Résultat: "Des gosses insérés ailleurs, qui débarquent en train dans une ville où ils sont perdus", selon Anne Gautier.

"Le budget a explosé en quelques années, à 27 millions d'euros fin 2017", assure pourtant Brigitte Devesa, chargée de l'enfance et de la famille au conseil départemental, dénonçant "un désengagement massif de l'Etat". Elle annonce la construction en 2019 de deux foyers de cinquante places.

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