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La justice espagnole poursuit 40 militaires rwandais pour génocide

 
 

La justice espagnole a annoncé mercredi avoir émis des mandats d'arrêt contre 40 militaires du régime rwandais, accusés de "génocide" et d'avoir fomenté des affrontements ethniques dans les années 90 afin de s'emparer du pouvoir et de mettre en place un "régime de terreur".

Le juge de l'Audience nationale, principale instance pénale espagnole, Fernando Andreu, lance dans son acte de renvoi des accusations détaillées contre le président actuel, Paul Kagame, mais ne le poursuit pas en raison de l'immunité que lui confère son statut présidentiel.

Un témoin l'accuse toutefois d'avoir tué une trentaine de personnes à la mitrailleuse.

Les 40 militaires, parmi lesquels 11 généraux, sont poursuivis pour "génocide, crime contre l'humanité et terrorisme" pour des actes antérieurs et postérieurs au génocide rwandais, qui a fait environ 800.000 morts, selon l'ONU. L'arrivée au pouvoir de M. Kagame avait mis fin au génocide.

Mais la justice espagnole estime que "durant les années 90", donc y compris sous la présidence de M. Kagame, "plus de quatre millions de Rwandais ont été assassinés ou ont disparu dans le cadre d'un plan d'extermination pour raisons ethniques et/ou politiques". Un chiffre jusqu'à présent jamais évoqué.

Le ministre rwandais de la Justice Tharcisse Karugarama a déclaré mercredi que son gouvernement "n'est pas informé officiellement" des poursuites. Quand il "sera saisi officiellement, il donnera sa réaction en bonne et due forme".

L'armée rwandaise a réagi pour sa part en estimant que ces accusations "ne vise qu'à ternir l'image du Rwanda dans son ensemble".

L'Audience nationale estime que les hommes de Kagame ont sciemment déstabilisé le régime extrémiste hutu de Juvenal Habyarimana en place à l'époque, en commettant des actes terroristes avant de s'emparer du pouvoir.

Le coeur de l'organisation visée, l'APR et le FPR (Armée patriotique rwandaise et Front patriotique rwandais), est composé essentiellement de Tutsis réfugiés en Ouganda avant 1990, explique la justice espagnole.

Elle leur reproche toute une série d'attaques et d'attentats, notamment contre des leaders hutus rwandais, ce qui, selon l'Audience nationale, a déclenché le génocide contre les Tutsis.

L'APR/FPR "a commis des attaques sélectives contre différents leaders intellectuels hutus afin de les éliminer de la vie sociale, provoquer la terreur et tester la réaction de la population civile (qui a son tour commettait des tueries en représailles)", selon l'acte de renvoi.

"Les massacres et attaques contre les personnes d'éthnie tutsie se sont systématiquement produits après chaque assassinat d'un leader hutu ou d'attaques contre la population hutue dans le nord du pays", ajoute l'acte de 182 pages.

Une fois installés au pouvoir, les militaires de Kagame ont "pris le contrôle absolu de la structure de l'Etat et mettant en place à partir de ce moment-là (après 1994, ndlr) un authentique régime de terreur", selon l'acte.

La justice espagnole pense qu'ils ont "commis des crimes contre la population civile, nationale et étrangère, sélectionnée pour des raisons ethniques et/ou politique (...) sous prétexte d'assurer la sécurité".

La justice espagnole, qui avait débuté cette enquête en 2005, sur la mort de neuf ressortissants espagnols entre 1994 et 2000, s'octroie une compétence universelle pour les faits de "génocide" et de "crimes contre l'humanité".

En 2006, le justice française avait émis neuf mandats d'arrêt contre des proches du président Kagame, soupçonnés d'être impliqués dans le meurtre de Juvenal Habyarimana, dont la mort a marqué le début du génocide.

Kigali avait ensuite rompu ses relations diplomatiques avec Paris.

Interrogé par l'AFP, le ministère espagnol des Affaires étrangères a déclaré qu'il ne commentait pas les affaires de justice.


 

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