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La mort de deux chevaux lors d'un rodéo traditionnel secoue l'Uruguay

La mort de deux chevaux lors d'un rodéo traditionnel secoue l'Uruguay
© AFP
 
 

La mort de deux chevaux lors d'un rodéo en Uruguay a provoqué une polémique dans ce petit pays où les rituels des "gauchos", ces gardiens de troupeaux traditionnels, sont encore vivaces.

Des barbecues partout, des stands qui débordent d'artisanat et des dizaines de cavaliers venus d'Uruguay, d'Argentine et du Brésil rivalisant d'adresse pour dompter des chevaux sauvages: tous les ans, durant une semaine en avril, la campagne expose fièrement sa culture et son art de vivre à Montevideo.

Le rodéo des gauchos en habit traditionnel est le clou de cet évènement folklorique qui existe depuis 1925. Il attire des dizaines de milliers de personnes dans un parc d'exposition de la capitale.

Mais la mort de deux chevaux, la semaine dernière, a provoqué de vives protestations des défenseurs des animaux et une levée de boucliers des tenants de la tradition.


Culture ou torture?

Les causes n'ont pas été communiquées officiellement, mais l'une des montures s'est subitement effondrée en plein effort, a constaté l'AFP, et l'autre, victime d'une fracture, a dû être sacrifiée, selon des associations de défense des animaux. Elles ont demandé l'annulation de la dernière journée de rodéo dimanche.

Si ce n'est pas la première fois qu'un cheval meurt au cours de cet événement, c'est la première fois que la polémique prend autant d'ampleur.

Depuis ces accidents, le message "Culture ou torture?", accompagné d'un gaucho sur un cheval cabré barré de rouge, a fleuri sur des murs de la capitale.
 
Mercredi, le maire de Montevideo, Christian Di Candia, a annoncé la mise en place d'une commission pour analyser le problème "en profondeur".

L'opposition l'a aussitôt accusé d'avoir "enterré" ce dossier potentiellement brûlant à quelques mois des élections générales prévues fin octobre où le Frente amplio (FA, gauche), le parti de l'édile et du président uruguayen Tabaré Vazquez, ambitionne de remporter un quatrième mandat consécutif.

C'est un art de vivre, comme les corridas de taureaux

A l'image de celui sur la tauromachie en France, en Espagne et dans d'autres pays d'Amérique latine, le débat entre "pro" et "anti" ne connaît pas le consensus. "Le rodéo pour nous est une tradition très ancienne. Cela fait 94 ans" que cela existe à Montevideo, explique à l'AFP Dalton Delgado, un des organisateurs de l'événement. "C'est un art de vivre, comme les corridas de taureaux".

Les cavaliers n'y voient qu'un sport. C'est "la sixième année que je viens", explique Eliazar Tejeira, originaire du nord-est de l'Uruguay et sacré champion dans la catégorie "monture sans selle" en 2017. "Quand vous assistez à cette fête, les chevaux sont bien portants et bien soignés", fait-il valoir.

"On le fait parce qu'on aime ça, parce qu'on est nés pour ça, ça procure beaucoup d'adrénaline, c'est beau", estime pour sa part Luis Alberto Cartagena, un autre champion. Et les critiques des défenseurs des animaux ? "Ces gens n'ont rien à faire".

A un moment donné, les rodéos en Uruguay vont devoir rejoindre l'Histoire et montrer que notre société a évolué

"Tout ce qui concerne les spectacles avec des animaux dans le monde est remis en cause en tant que divertissement et nous voyons chaque année des traditions qui sont abandonnées", répond le vétérinaire Sebastian Fernandez en charge du bien-être animal au sein du parti au pouvoir.
 
"A un moment donné, les rodéos en Uruguay vont devoir rejoindre l'Histoire et montrer que notre société a évolué", ajoute-t-il, déplorant ce type de spectacle où "l'animal est obligé de souffrir pour que quelques-uns applaudissent".

Pour le docteur Evelyn Segredo, consultante de l'ONG World Animal Protection, "on a du mal à comprendre pourquoi l'Uruguay ne s'est pas mis à la page". Ces morts de chevaux étaient "prévisibles et évitables", estime-t-elle.

Si l'Uruguay a interdit l'an dernier les courses de lévriers, le pays possède aussi une loi votée en 2006 qui considère les épreuves issues de la tradition gaucho comme un "sport national". Pour leurs promoteurs, cela englobe les rodéos sur des chevaux sauvages.




 

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