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La "Nuit des idées", premier débat franco-irakien, brise les murs

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Vue générale de la conférence "Construire et déconstruire des murs" avec Olivier Mongin à Bagdad, le 31 janvier 2019Ali CHOUKEIR

Dans la très branchée "Station", repaire des start-upers, Bagdad a retrouvé le temps d'une soirée ses airs d'agora, en sourdine depuis des années, pour une conférence avec le philosophe français Olivier Mongin.

Cette rencontre, sur le thème "Construire et déconstruire des murs", est le premier événement organisé par l'ambassade de France à Bagdad "hors de ses murs", souligne l'ambassadeur Bruno Aubert.

Car depuis l'invasion menée par les Etats-Unis en 2003, la capitale, comme de nombreuses villes d'Irak, s'est hérissée de blocs de béton et s'est couverte de barbelés. La plupart des lieux de culture, visés par des attaques, ont fermé.

Les ambassades des Etats-Unis ou de Grande-Bretagne, par exemple, sont devenues des bunkers inaccessibles, retranchées dans la Zone Verte, où la quasi-totalité des Irakiens sont interdits d'entrée.

Depuis l'année dernière toutefois, avec la baisse des violences, près de 2.000 rues et ruelles ont été rouvertes et des centaines de check-points ou barrages volants supprimés à travers la ville.

Aujourd'hui à Bagdad, qui fut la capitale culturelle du monde arabe pendant des siècles, il faut "changer le stéréotype qui veut que l'Irak est synonyme de tensions", poursuit M. Aubert.

Avec sa première "Nuit des idées", Bagdad rejoint 120 autres villes de 70 autres pays où la France organise ce type de rencontres.

Entouré d'architectes, d'urbanistes et d'universitaires irakiens, Olivier Mongin, ancien directeur de la revue française "Esprit", a fait dialoguer la salle, comble, et les spécialistes autour de leur cité, où les bâtiments ont payé un lourd tribut au temps: détruits, cachés derrière le béton ou laissés à l'abandon.

Marwa, étudiante de 23 ans, s'est précipitée sur l'occasion "par amour pour la philosophie française" et pour prendre part au renouveau culturel en Irak, sorti fin 2017 de trois années de guerre dévastatrice contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

"Après un long vide à cause de la guerre, faire se rencontrer deux cultures agit positivement sur les esprits", assure à l'AFP cette jeune Bagdadie.

"L'Irak a besoin d'événements culturels réguliers pour lui faire retrouver son statut de pays de culture et de civilisation", plaide de son côté Yasser Jassem, décorateur d'intérieur de 33 ans, également venu assister à la conférence.

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