La RDC en suspens après l'annonce d'un nouveau report des élections

La République démocratique du Congo s'apprête à fêter Noël engluée dans son interminable crise politique après l'annonce d'un troisième report des élections générales qui doivent désigner le successeur du président Joseph Kabila au pouvoir depuis près de 18 ans.

Aucune violence majeure n'a été rapportée vendredi au lendemain de l'annonce du report des élections du 23 au 30 décembre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

Mais la tension politique ne faiblit pas. Auréolé de son prix Nobel de la paix 2018, le docteur Denis Mukwege a répété sa demande d'un départ du président Kabila comme préalable aux élections.

"Aussi longtemps que l'actuelle gouvernance reste en place, n'importe quel scenario électoral ne mènera qu'à plus de violence, plus d'instabilité et un plus grand risque de sombrer dans la dictature", écrit le co-lauréat du Nobel dans une tribune publiée par le New York Times.

A Kinshasa, les deux principales coalition d'opposition ont prévenu qu'elles acceptaient le report des élections d'une semaine au 30 décembre, mais rien de plus.

Un quatrième report au-delà de cette date serait la "ligne rouge" à ne point franchir par le régime, prévient Cap sur le changement (Cash), l'alliance autour de la candidature de Félix Tshisekedi.

La coalition autour de l'autre principal candidat d'opposition Martin Fayulu a également fait savoir "qu'au delà du 30 décembre 2018, le peuple congolais n'acceptera pas un jour de report de plus".

La Céni a expliqué ce nouveau report par des retards logistiques après l'incendie d'un de ses entrepôts à Kinshasa le 13 décembre.

Ces retards auraient empêché l'organisation du vote à Kinshasa (plus de 10% des habitants et des électeurs inscrits en RDC), selon la Céni.

- Crash d'un Antonov -

Les questions logistiques ont fait de nouveau parler d'elles indirectement vendredi, avec la mort d'au moins six personnes dans le crash d'un Antonov 26 affrété par la Céni, selon la commission électorale.

Cet avion de la compagnie privée Gomair s'est écrasé en phase d'atterrissage à l'approche de l'aéroport de Kinshasa après avoir livré du matériel électoral à Tshikapa (centre), selon la Céni.

Trois membres d'équipage sont russes, a confirmé l'ambassadeur de Russie à Kinshasa Alexei Sentebov. La nationalité des autres victimes n'a pas encore dévoilée.

La campagne électorale doit s'arrêter dès ce vendredi conformément au calendrier initial, a précisé le président de la Céni, Corneille Nangaa.

La coalition autour de M. Tshisekedi a fait part de son intention de poursuivre sa campagne jusqu'au 28 décembre à minuit.

- "Coup dur" -

Le gouvernement congolais a rencontré vendredi matin les diplomates en poste à Kinshasa, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Dites à vos capitales respectives qu'il n'y aura pas de chaos après les élections du 30 décembre 2018", leur a lancé le ministre de la Justice Alexis Thambwe Mwamba, chef de la diplomatie par intérim.

"Je peux vous assurer que la police sera en nombre suffisant, je peux vous assurer que l'armée a été également préparée pour pouvoir assurer la sécurité de Kinshasa et du pays", a-t-il insisté.

Kinshasa veut organiser ses élections sans l'aide financière ni l'appui logistique de ses "partenaires" étrangers occidentaux (ONU, UE). La RDC refuse toute mission d'observation électorale occidentale.

La Mission des Nations unies au Congo (Monusco) a répété qu'elle proposait ses bons offices à "toutes les parties" pour "un processus électoral pacifique, transparent et crédible".

L'incendie d'un entrepôt de la Céni le 13 décembre à Kinshasa a porté un "coup dur" au processus électoral, s'est justifiée la centrale électorale.

Après l'incendie, la Céni affirme avoir commandé en Corée du Sud cinq millions de bulletins pour ses "machines à voter", qui n'arriveront en totalité que samedi à Kinshasa.

"Les problèmes en province sont énormes. Les retards d'arrivée du matériel sont colossaux. On ne voit pas trop comment ils arriveront à faire tout cela en une semaine, même en mettant les bouchées doubles", s'interroge un observateur averti de la situation congolaise.

Le dernier mandat du président Kabila, au pouvoir depuis 2001, s'est officiellement achevé en décembre 2016.

Les élections ont été reportées à décembre 2017, au 23 décembre 2018, puis au 30 décembre de cette année.

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