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La Suède publie un "Manuel de diplomatie féministe" pour les nuls

La Suède publie un
La ministre des Affaires étrangères Margot Wallström au siège de l'ONU, le 22 septembre 2017Jewel SAMAD

La Suède a présenté jeudi un "Manuel de diplomatie féministe" pour faire partager aux ONG et aux chancelleries du monde entier les leçons de sa politique étrangère articulée depuis 2014 autour du droit des femmes.

Lancée dans la foulée des législatives de septembre 2014 par le gouvernement de centre gauche - le premier à atteindre la parité homme-femmes -, la diplomatie féministe vise à "promouvoir l'égalité entre les sexes" et à garantir "à toutes les femmes et filles la jouissance de leurs droits fondamentaux".

"Les droits des femmes sont des droits de l'Homme", répète volontiers la ministre des Affaires étrangères Margot Wallström, selon une formule empruntée au mouvement féministe et reprise par Hillary Clinton.

Émancipation économique, lutte contre les violences sexuelles, influence dans les processus de paix, participation politique : sur le terrain ou dans l'arène internationale, à Bruxelles et New York, la diplomatie du pays scandinave actionne tous les leviers.

Et résume dans un livret d'une centaine de pages, accessible en anglais sur le site du gouvernement, ses principes et méthodes : assurer la parité hommes-femmes dans les conférences, investir les réseaux sociaux, mobiliser ressources humaines et financières, mettre les compétences en réseau, etc...

A la page 43, un graphique atteste de la montée en puissance des femmes dans la diplomatie suédoise : en 2016, 4 ambassadeurs sur 10 étaient des ambassadrices, contre 10% seulement 20 ans plus tôt.

"Quand nous avons lancé la diplomatie féministe il y a quatre ans, les réactions étaient mitigées. On a entendu quelques moqueries dans les premiers jours, et ici et là une opposition assumée", explique à l'AFP Margot Wallström.

"On nous disait : +ce ne sont que des mots+. C'est à cela que sert" le manuel, justifie la ministre social-démocrate, récipiendaire l'an dernier du prix "Agent for change" des Nations unies pour son action auprès des femmes.

- Changer les normes -

Les résultats concrets de la diplomatie féministe sont pourtant difficiles à mesurer. L'objectif, plaide ses architectes, est de changer de paradigme, et cela prend du temps.

"Nous n'en sommes qu'au début (...), il reste tant à faire", reconnaît Margot Wallström.

Dans un rapport publié après trois ans d'activité, le ministère jugeait les succès "significatifs".

Il citait par exemple son rôle d'information et de financement dans le combat contre les "normes de masculinité destructives" en République démocratique du Congo, ou l'inclusion des principes d'égalité entre hommes et femmes dans l'accord de paix signé en 2016 en Colombie.

"Il est un peu tôt" pour tirer des conclusions, observe Robert Egnell, professeur à l'Ecole supérieure des études militaires de Stockholm.

"Il est impossible de dire si cette politique a permis de réduire le nombre de femmes mourant en couches en Afrique ou de bénéficier à d'autres populations" mais "sa résonance a été énorme à l'étranger" et "tout le monde connaît désormais la politique étrangère suédoise", indique-t-il à l'AFP.

- Realpolitik -

Pour ses détracteurs, la diplomatie féministe n'échappe pas aux contraintes de la realpolitik. Alors que la Suède aime à se définir comme une "superpuissance humanitaire", elle exporte avions de chasse et batteries de missiles.

Ils ont également beau jeu de rappeler que la Suède ne s'est pas opposée - elle s'est abstenue - à l'entrée de l'Arabie saoudite dans la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW) en avril 2017.

Les relations avec la pétromonarchie s'étaient brusquement dégradées deux ans plus tôt après un discours au vitriol de Mme Wallström devant son parlement.

"Les droits des femmes sont bafoués, elles n'ont même pas le droit de conduire. On flagelle les blogueurs et la famille royale détient le pouvoir absolu. On ne peut que la qualifier de dictature", avait-elle déclaré en février 2015.

Riyad avait rappelé le mois suivant son ambassadeur, vite réinstallé après une visite d'un émissaire du gouvernement suédois et du roi Carl XVI Gustaf.

Pour Robert Egnell, la réaction de l'Arabie saoudite, fréquemment critiquée pour les mêmes raisons, était "disproportionnée". "Quand ces critiques viennent d'une femme, elles ont une autre portée symbolique et suscitent de vives répliques".

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