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Le "califat" de l'EI en Syrie sera défait d'ici un mois, selon un haut commandant

Syrie

Les opérations militaires contre le groupe Etat islamique (EI) en Syrie touchent à leur fin et les jihadistes seront chassés d'ici un mois des dernières poches de leur soi-disant "califat", a déclaré à l'AFP un haut commandant impliqué dans l'offensive.

Dans une interview exclusive accordée à l'AFP jeudi près de Hassaké, dans le nord de la Syrie, Mazloum Kobani, commandant en chef des Forces démocratiques syriennes (FDS) a également plaidé pour que cette alliance arabo-kurde, fer de lance de la lutte contre l'EI, bénéficie à l'avenir d'un "statut spécial" de la part du régime de Bachar al-Assad.

Les Kurdes qui ont établi une autonomie de facto sur des régions du nord de la Syrie à la faveur de la guerre qui ravage ce pays depuis 2011 négocient actuellement avec le régime pour préserver une certaine autonomie dans le futur.

Les FDS, soutenues par la coalition internationale antijihadistes menée par Washington, ont lutté contre l'EI "au nom de l'humanité et même de l'armée syrienne" a fait valoir M. Kobani, qui a reçu une équipe de l'AFP dans une des bases des FDS, vêtu de son uniforme.

"L'opération de nos forces contre l'EI dans son dernier réduit touche à sa fin et les combattants jihadistes sont désormais cernés dans un secteur" de la province orientale de Deir Ezzor, a-t-il souligné.

- "Un secteur, un mois" -

"Nous avons besoin d'un mois pour éliminer ce qu'il reste de l'EI dans ce secteur", a-t-il ajouté.

Avec le soutien de la coalition internationale antijihadistes dont la France fait aussi partie, les FDS sont près de terminer une opération lancée le 10 septembre pour venir à bout des jihadistes de l'EI dans leurs bastions de la vallée de l'Euphrate, dans l'est de la Syrie.

Quelques centaines de combattants de l'EI sont désormais retranchés dans une poignée de hameaux près de la frontière irakienne qui constituent les dernières poches du "califat" que l'EI avait autoproclamé en 2014 sur de vastes régions de l'Irak et de la Syrie.

Le groupe jihadiste qui a revendiqué ces dernières années des attentats meurtriers dans le monde entier, a vu son califat s'écrouler fin 2017 en Irak face à une offensive des forces progouvernementales appuyées par la coalition internationale.

Il a également perdu la quasi totalité de ses territoires en Syrie sous les coups de boutoir du régime syrien, mais surtout des FDS qui ont repris notamment sa "capitale" autoproclamée de Raqa (nord) avant de le pourchasser dans la province orientale de Deir Ezzor.

"Je pense qu'au cours du prochain mois, nous annoncerons officiellement la fin de la présence militaire de ce soi disant califat" en Syrie, a affirmé M. Kobani.

"Nous passerons de larges opérations militaires comme celle-ci (...) à des opérations de sécurité précises", a-t-il ajouté.

L'EI a perdu la localité de Hajine, dans l'est syrien, en fin d'année dernière et l'effondrement conséquent de sa défense a permis aux FDS, une alliance de forces kurdes et de combattants arabes, de conquérir un village après l'autre.

Mercredi, les FDS se sont emparés de Baghouz, dernier village détenu par l'EI et une contre-attaque des jihadistes a échoué jeudi, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

M. Kobani a expliqué que la bataille est compliquée par l'utilisation par l'EI, depuis la perte de Raqa, de nouvelles tactiques, comme l'activation de "cellules dormantes, le recrutement secret de combattants et des opérations suicide, des attentats à la bombe et des assassinats".

"Nous nous attendons à une intensification de (ce genre) d'opérations de l'EI contre nos forces une fois que nous aurons mis fin à leur présence militaire" dans les derniers restes du "califat", a-t-il souligné.

L'EI garde des cellules dans le désert syrien (badiya) et a revendiqué des attaques dans les territoires tenus par les Kurdes.

- "Ligne rouge" -

Se targuant du rôle crucial des FDS dans la lutte contre l'EI, M. Kobani a estimé que celles-ci devront bénéficier "d'un statut spécial" même si elles venaient à être intégrées dans le futur dans l'armée syrienne régulière.

"C'est notre ligne rouge et nous ne ferons pas de concession", a-t-il insisté.

Les FDS contrôlent environ un tiers du territoire syrien.

Pour sa part, le régime contrôle désormais deux tiers du pays après avoir reconquis des territoires aux rebelles et aux jihadistes avec l'aide de la Russie, de l'Iran et du Hezbollah libanais. Il refuse d'accepter une autonomie des régions kurdes.

Depuis juillet, des représentants politiques de cette minorité, longtemps marginalisée, négocient toutefois avec le régime afin d'arriver à une décentralisation favorable à leur région. Ils craignent en effet une offensive turque contre eux depuis l'annonce du retrait des soldats américains de Syrie.

"Les discussions sont en cours mais n'ont pas encore donné de résultat positif", a indiqué M. Kobani.

En décembre, le président américain Donald Trump a annoncé le retrait prochain des troupes américaines de Syrie, et justifié ce désengagement en assurant que l'EI avait été vaincu.

"Le retrait (américain, ndlr) est une mauvaise décision", car elle a été prise "avant que nous ayons fini d'imposer la sécurité et la stabilité dans la région", a accusé M. Kobani.

Selon lui, le régime "continue à penser qu'il peut revenir à la situation d'avant 2011", année où la guerre a éclaté. "Il espère toujours pouvoir prendre militairement le contrôle de toute la région, mais il doit comprendre que c'est impossible".

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