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Le défi de l'organisation d'un sommet de l'Apec dans le coupe-gorge papouasien

L'Australie déploiera en Papouasie-Nouvelle-Guinée des avions de chasse, des bâtiments de guerre et un contingent de forces spéciales pour tenter de sécuriser en novembre le sommet Asie-Pacifique à Port Moresby, une des capitales les plus dangereuses au monde.

C'est une énorme opération de sécurité que les autorités papouasiennes ont été contraintes de mettre en place, avec l'aide de l'Australie et des Etats-Unis, en prévision de cet événement qui attirera les 17 et 18 novembre des représentants de 21 pays.

Parmi les hôtes de marque du sommet de la Coopération économique pour l'Asie-Pacifique (Apec), figureront notamment le président chinois Xi Jinping ou encore le vice-président américain Mike Pence. Ce dernier ne devrait cependant même pas passer une nuit à Port Moresby, préférant séjourner en Australie.

"Nous n'avons jamais eu à accueillir autant de dirigeants", a concédé le ministre papouasien responsable de l'organisation, Justin Tkatchenko. "Le monde entier va nous regarder".

"C'est une énorme opération de sécurité, mais la promotion économique du pays est très, très importante".

En raison d'une offre hôtelière particulièrement limitée, la plupart des 15.000 délégués attendus pour le sommet seront hébergés sur trois paquebots mouillant dans le port, ce qui complique la donne au niveau sécurité.

Une fois n'est pas coutume lors d'un grand sommet international, ce n'est pas la menace terroriste - jugée minimale - qui inquiète le plus, mais bien le fait que Port Moresby passe pour un des pires coupe-gorge du globe.

- 136e ville sur 140 -

Un des risques est notamment le "car-jacking" dans des rues où les gangs connus sous le nom de "Raskols" font régner leur loi. Plus de la moitié de la population de Port Moresby vit dans des bidonvilles.

Les viols et les violences domestiques sont également un fléau en Papouasie, pays de 8,5 millions d'habitants dont plus du tiers vit sous le seuil de pauvreté.

"Les violences tribales, les violences de rues mais aussi la violence fondée sur le sexe... Tout cela dévore notre tissu social", reconnaît le gouverneur de la région englobant la capitale, Powes Parkop.

Cette année, la société Economist Intelligence Unit (EIU) a placé Port Moresby au 136e rang du classement des villes les plus vivables, sur 140.

C'est à l'Australie, puissance régionale, que la mission de sécuriser le sommet a le plus été déléguée.

Canberra, qui a déjà déployé à Port Moresby 1.500 militaires, dont des membres des forces spéciales, y enverra également des chasseurs F/A-18 Super Hornet et des avions de surveillance, ainsi que des bâtiments militaires pour protéger les paquebots.

Les garde-côtes américains participeront aussi à la sécurisation d'une ville où ont été lancés en prévision du sommet de nombreux projets d'infrastructure, pour beaucoup financés par la Chine.

"Nous travaillons avec nos partenaires pour permettre de déployer des chasseurs dans le ciel, de renforcer la sécurité maritime et d'organiser des opérations conjointes des forces spéciales", déclarait récemment au Parlement M. Tkatchenko.

Le gouvernement a même fait voter une loi pour autoriser les militaires étrangers à utiliser si nécessaire la force létale en cas de "menace imminente" lors du sommet. Et ce même si l'ex-commandant des forces papouasiennes Jerry Singirok ait estimé qu'une telle mesure risquait de constituer une atteinte à la souveraineté du pays.

A en croire le think-tank australien Australia Defence Association, sans de telles coopérations militaires étrangères, les pays en développement comme la Papouasie ne pourraient pas accueillir de grands sommets internationaux.

"D'un point de vue stratégique et politique, ce ne serait pas possible", explique le directeur général du think-tank Neil James.

"Il va y avoir tellement de forces de sécurité dans les rues que l'insécurité ne va plus être un problème", prédit-il.

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