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Le dominicain ayant sauvé des trésors du feu jihadiste ordonné archevêque de Mossoul

Le dominicain ayant sauvé des trésors du feu jihadiste ordonné archevêque de Mossoul
Le père dominicain Najeeb Michaeel lors d'une cérémonie d'ordination le 25 janvier 2019 comme nouvel archevêque chaldéen de Mossoul une ville du nord de l'Irak, qui a été occupée pendant trois ans paZaid AL-OBEIDI

Mossoul, dans le nord de l'Irak, a désormais un nouvel archevêque chaldéen: le père dominicain Najeeb Michaeel qui a sauvé des trésors culturels promis au feu par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Nommé par le pape François en décembre et ordonné vendredi par le cardinal Louis Raphaël Sako, patriarche de l'Eglise catholique chaldéenne d'Irak, l'archevêque Michaeel, 63 ans, avait fui en août 2014 Qaraqosh, près de Mossoul.

L'EI aux portes de la ville chrétienne, ce dominicain qui joue de l'orgue et de la guitare électrique avait entassé manuscrits, livres du XVIe siècle et archives inédites avant de prendre, de nuit, la route du Kurdistan voisin.

Avec deux autres religieux, cet ancien expert en forage pétrolier qui a embrassé à 24 ans la vie religieuse, a ainsi transféré à Erbil le Centre de numérisation des manuscrits orientaux (CNMO). Soient 8.000 manuscrits chaldéens, syriens, arméniens et nestoriens trouvés dans les églises et villages du nord irakien, abîmés par l'humidité et l'usure.

Depuis, le père Michaeel a formé à la conservation des déplacés, des universitaires chrétiens et musulmans ayant perdu leur emploi en quittant leur maison.

En décembre 2017, l'Irak a proclamé avoir vaincu l'EI qui s'était emparé en 2014 du tiers du pays et livré à un "nettoyage culturel", détruisant vestiges antiques et symboles religieux, chrétiens et musulmans.

"Sur la liste des religieux à abattre" des différents groupes jihadistes qui se sont succédé à Mossoul depuis 2004, selon ses propres mots à l'AFP en mars, le père Michaeel était retourné en 2017 à Mossoul pour la première messe de Noël après le départ de l'EI, n'y trouvant que destruction et désolation.

Il n'a rien retrouvé du couvent et de l'église al-Saa (Notre-Dame de l'Heure) de Mossoul, tirant son nom d'une horloge offerte en 1880 par l'impératrice de France Eugénie, épouse de Napoléon III.

L'horloge avait disparu, le couvent avait été transformé en prison, les cellules en atelier de fabrication d'explosifs. A la place de l'autel, un gibet avait été dressé.

Dans la ville qui a payé un lourd tribut durant neuf mois de combats pour chasser l'EI, le cardinal Sako a appelé les chrétiens à revenir et à "reconstruire Mossoul avec tous ses habitants".

Malgré tout, en mars déjà, l'archevêque Michaeel se disait encore "optimiste" dans un pays qui comptait 1,5 million de chrétiens avant la chute de Saddam Hussein en 2003, contre 400.000 à 500.000 aujourd'hui.

"Le dernier mot reviendra à la paix et non à l'épée", affirmait-il à l'AFP.

Vendredi, dans l'église Mar Boulos (Saint Paul) de Mossoul, en mitre et habit blancs, il a dit à l'AFP vouloir "envoyer au monde et à Mossoul un message de coexistence et d'amitié entre toutes les communautés". Et affirmer qu'à Mossoul, on en a "fini avec les idées amenées par l'EI".

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