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Le Front national change de nom sans changer de ligne, "à droite toute"

Le Front national change de nom sans changer de ligne,
Le présidente du Front national Marine Le Pen le 11 mars 2018 à Lille.Philippe Huguen

Marine Le Pen veut changer le nom du Front national pour nouer des alliances, mais la ligne du parti ne dévie pas et reste orientée "à droite toute" sur la préférence nationale, rendant hypothétiques d'éventuels rapprochements, analysent des politologues.

La dirigeante frontiste a proposé au congrès de sa formation samedi et dimanche à Lille de rebaptiser le parti "Rassemblement national" pour le sortir du "trou d'air" de la présidentielle en s'ouvrant éventuellement à d'autres partis.

Pourtant, le FN ressort de ce congrès "à droite toute", sur une ligne inchangée "nationale populiste", affirme le politologue Jean-Yves Camus, interrogé par l'AFP.

Celle qui, comme Emmanuel Macron, vante la fin du clivage droite-gauche, a suivi un "logiciel clairement de droite" en défendant "les valeurs, la transmission, le patriotisme, l'attachement charnel à la France", analyse M. Camus.

Certes, la présidente du FN marche toujours "sur deux jambes", comme elle le dit souvent.

A l'adresse des militants plus conservateurs comme sa nièce Marion Maréchal-Le Pen, elle a dénoncé dimanche une "société sans limites", en "pleine inversion des valeurs", annonçant la tenue d'un colloque pour "en finir avec mai 68".

Aux partisans d'une ligne "sociale" incarnée par son ancien bras droit Florian Philippot, elle a promis de "protéger" les "plus humbles" du "déclassement programmé", de défendre les services publics et le "patriotisme économique".

- Concilier l'inconciliable -

"Elle est bien sur deux jambes, car il existe un volet +social+ à droite. Mais c'est un volet +social+ qui applique la discrimination entre nationaux et étrangers. Ce qui n'est pas envisageable à gauche", explique M. Camus.

Les applaudissements les plus nourris, avec des militants scandant debout "on est chez nous", ont été entendus quand Marine Le Pen a lancé que "l'immigration légale et illégale n'est plus tenable" et que "l'argent des Français doit d'abord revenir aux Français".

Ses thèmes fédérateurs sur la sécurité, l'immigration, l'islam lui permettent de réunir des militants divisés à la perspective d'un changement de nom, validée seulement par une "courte majorité".

La difficulté pour Marine Le Pen c'est de "concilier deux choses incompatibles: attirer de nouveaux électeurs qui hésitent encore à voter FN, d'où le changement de nom, et en même temps se distinguer des autres partis politiques et donc maintenir sa radicalité", estime le sociologue Sylvain Crépon.

La venue samedi au congrès du FN du sulfureux Steve Bannon, ex-conseiller de Donald Trump, qui a fait huer les médias en promettant la "victoire" des populistes en Europe, a aussi semblé contredire les efforts de "dédiabolisation" de Marine Le Pen.

"Pour faire oublier les aspects sulfureux du FN, le nom devrait se traduire par une réorientation du programme", estime M. Crépon.

- Leçons de campagne -

"Rien ne peut changer", estime M. Camus, car ce n'est pas dans l'intérêt du FN d'abandonner la préférence nationale, sinon il "ressemblerait comme deux gouttes d'eau aux Républicains tendance Laurent Wauquiez".

Le président des Républicains est le grand absent du discours de Marine Le Pen, qui se veut la principale opposante à Emmanuel Macron, dont elle a fustigé "l'errance", comme celles des "migrants et (des) expatriés fiscaux".

La présidente du FN a plaidé pour des alliances, mais sans annoncer de rapprochement concret avec une formation ou une personnalité précise.

Son compagnon Louis Aliot, le mieux élu au parlement du parti (conseil national), admet que les alliances viendront de "la base" et pas des "états-majors".

Et même si Nicolas Dupont-Aignan, l'allié de la présidentielle, revient, "ce n'est pas neuf et ça n'a pas permis la victoire", note M. Camus.

"Je serai le militant inlassable d'une coalition qui respecte les partis mais qui ne dépende pas des partis", a déclaré lundi M. Dupont-Aignan, à qui Marine Le Pen avait promis Matignon durant l'entre-deux tours de la présidentielle.

Le politologue Jean-Yves Camus estime en outre qu'"aucune leçon n'a été tirée du ratage de la campagne" présidentielle, car ceux qui y ont participé sont soit partis, comme Florian Philippot en septembre, soit "ont été promus" comme son directeur de campagne David Rachline, entré au bureau exécutif.

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