En ce moment
 
 

Le jihadiste français Jean-Michel Clain tué en Syrie, selon son épouse

Le jihadiste français Jean-Michel Clain tué en Syrie, selon son épouse
Dorothée Maquere, femme du jihadiste français Jean-Michel Clain, est assise avec quatre de ses cinq enfants près de Baghouz, en Syrie, le 5 mars 2019Delil SOULEIMAN
Syrie

Le jihadiste français Jean-Michel Clain a été tué en Syrie, après la mort de son frère Fabien, a déclaré son épouse Dorothée Maquere qui a fui mardi l'ultime réduit du groupe Etat islamique (EI) en Syrie et dit désormais vouloir vivre "tranquillement".

Comme des milliers d'autres ayant abandonné la dernière poche de l'EI dans l'est syrien, Mme Maquere est arrivée avec ses cinq enfants à une position des Forces démocratiques syriennes (FDS) près du village de Baghouz, où sont retranchés les derniers jihadistes.

Mme Maquere ne veut pas retourner en France. N'exprimant aucun regret concernant son ralliement au groupe jihadiste, elle raconte un quotidien marqué par les bombardements sur l'ultime bastion de l'EI, pilonné par les frappes aériennes de la coalition internationale emmenée par Washington.

C'est d'ailleurs un bombardement par drone, mené le 20 février par la coalition, qui a tué son beau-frère, Fabien Clain, et grièvement blessé son époux Jean-Michel Clain, assure-t-elle. Il mourra quelques jours plus tard, dans un autre bombardement.

"D'abord on a tué son grand frère et après on a tué mon mari, deux journées totalement différentes et de différentes manières", affirme Mme Maquere. "Le drone a tué mon beau-frère, et l'obus de mortier a tué mon mari".

Fabien Clain, 41 ans, avait été identifié par les enquêteurs français comme celui qui avait enregistré le message audio revendiquant les attentats du 13 novembre 2015 à Paris, ayant fait 130 morts et des centaines de blessés.

Son frère Jean-Michel, 38 ans, a lui été identifié comme l'homme psalmodiant les "anashid", des chants religieux, entendus dans cet enregistrement.

Vêtue d'un niqab noir la couvrant entièrement, elle serre contre sa poitrine son nouveau-né de deux semaines, emmitouflé dans une couverture colorée.

Un autre de ses enfants est allongé à ses côtés. Ses deux filles, toutes deux en niqab, sont installées avec elle, au milieu de bouteilles d'eau et de paquets de couches qu'on leur a distribués. La plus âgée n'a que 13 ans.

"J'ai trois autres enfants qu'on a tué aussi. J'avais huit enfants", affirme-t-elle aux journalistes, dont ceux de l'AFP, qui l'interrogent.

- "Il faisait des chants" -

Interrogée sur les activités des deux hommes au sein de l'EI, Mme Maquere répond avec réticence. "Rien de spécial", lâche-t-elle.

"Il faisait des chants", finit-elle par dire au sujet de son époux. "Mon beau-frère, il écrivait les textes des chants", ajoute-t-elle.

Elle n'est pas certaine que des Français soient toujours dans le réduit de l'EI. "Il y en a d'autres peut-être, mais il n'y en a plus beaucoup en tout cas".

Selon elle, Hayat Boumedienne, la compagne de l'auteur des attentats de Montrouge, près de Paris, et de l'Hypercacher en janvier 2015, serait morte "ces derniers jours".

"Elle a été tuée, je ne sais pas" quand, dit-elle. "On peut pas vous dire les conditions, les heures, c'était quand, tout s'est précipité ces derniers jours", explique-t-elle. "Elle a bien été tuée en tout cas."

La mort de Fabien Clain dans une frappe de la coalition avait été annoncée le 21 février par des sources à Paris, avant que la coalition ne confirme son décès.

Originaires de Toulouse (sud-ouest de la France) et convertis à l'islam dans les années 1990, Fabien Clain et son frère se seraient radicalisés au début des années 2000.

Ces figures du groupe EI étaient des piliers de la mouvance de Mohammed Merah, un jihadiste ayant tué en 2012 à Toulouse sept personnes, dont trois enfants juifs.

Ils ont aussi été proches de la cellule ayant perpétré les attentats de Paris en 2015 et ceux de Bruxelles en 2016.

- "Je regrette pas" -

En France, où l'opinion publique a été traumatisée par les attentats meurtriers, les autorités se disent ouvertes à de possibles rapatriements, après avoir été longtemps réticentes.

Et de nombreux étrangers continuent de fuir le dernier carré des jihadistes en Syrie, composé de quelques pâtés de maisons accolées à un campement informel, non loin de la frontière irakienne.

"Tout le monde vit dehors, On se faisait bombarder jour et nuit", raconte Mme Maquere qui, malgré tout, ne "regrette pas".

Comme certaines autres Françaises rencontrées ces dernières semaines par l'AFP à leur sortie de Baghouz, elle ne veut pas rentrer en France et n'attend rien du gouvernement français.

"Je veux pas leur demander quelque chose", assure-t-elle, dénonçant la politique des autorités qui est, selon elle, de "mettre les mamans en prison et séparer les enfants".

Son souhait? "Continuer à vivre ici avec mes enfants, à me reconstruire, qu'on me laisse tranquille après tout ce que j'ai vécu", dit-elle.

"Qu'on me laisse pratiquer ma religion avec mes enfants tranquillement", ajoute-t-elle. "C'est tout ce que chaque musulman demande. Tout simplement", affirme-t-elle.

Vos commentaires