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Dvorkovitch, homme du Kremlin, s'empare de la Fédération internationale des échecs

Dvorkovitch, homme du Kremlin, s'empare de la Fédération internationale des échecs
Une partie d'échecs entre le Norvégien Magnus Carlsen et le Russe Sergueï Kariakine à New York le 11 novembre 2016.Jewel SAMAD
sport, Russie

Arkadi Dvorkovitch, ancien vice-Premier ministre russe de 46 ans, a été élu mercredi président de la Fédération internationale des échecs (Fide), une organisation traditionnellement sous l'influence de Moscou.

La plus haute instance des échecs devait trouver un successeur au fantasque milliardaire russe Kirsan Ilioumjinov, limogé en juillet après un règne de plus de 20 ans.

Vice-Premier ministre du président Vladimir Poutine pendant six ans et président du Comité local d'organisation du Mondial-2018 à partir de mars dernier, Arkadi Dvorkovitch a remporté une partie hautement politique face à l'actuel vice-président de la Fide, le Grec Georgios Makropoulos.

Un troisième candidat, le grand maître britannique Nigel Short, avait abandonné juste avant l'élection pour rejoindre l'équipe du Russe.

"Je suis très heureux de notre victoire", a déclaré M. Dvorkovitch après l'annonce des résultats, estimant que le scrutin avait été "transparent". "Nous devons maintenant aller de l'avant", a-t-il ajouté.

M. Dvorkovitch a reçu le vote de 103 fédérations nationales, contre 78 à son adversaire.

"Nous nous réjouissons de cette élection et nous sommes sûrs qu'il (Arkadi Dvorkovitch) sera en mesure de poursuivre le développement des échecs à travers le monde", a d'ailleurs promptement réagi le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, cité par l'agence Tass.

L'adversaire de M. Dvorkovitch, Georgios Makropoulos, 65 ans, incarnait quant à lui l'establishment au sein de la Fide, qui rassemble 188 fédérations d'échecs à travers le monde.

- Partenariat avec la Fifa -

La Fide, qui dispose d'un budget modeste (3,31 millions d'euros de recettes prévues en 2018), est une des dernières instances sportives internationales où la Russie maintient une influence héritée de l'Union soviétique. L'entreprise organisant les compétitions de la Fide a son siège à Moscou, et plusieurs des principaux partenaires sont russes.

Fort de son expérience acquise avec le Mondial de football, M. Dvorkovitch a promis de redorer le blason de la Fédération et d'attirer de nouveaux capitaux grâce, entre autres, à un rapprochement avec la Fifa, dont le président Gianni Infantino lui a apporté publiquement son soutien.

"La Fide va bénéficier (de cette élection)", a affirmé à l'AFP Zurab Azmaiparashvili, président de l'Union européenne des échecs, tout en louant les "compétences politiques et managériales" d'Arkadi Dvorkovitch.

Le Russe succède à son sulfureux compatriote Kirsan Ilioumjinov, limogé en juillet par le comité d'éthique de la Fide qui lui reprochait la fermeture des comptes de la Fédération par la banque suisse UBS en raison des sanctions américaines le visant.

M. Ilioumjinov a "causé de graves dégâts à la réputation et aux finances" de la Fide, avait estimé l'organisation.

Président de la Fide depuis 1995, M. Ilioumjinov, qui affirmait en 2016 à l'AFP en être à "sa 69e vie" grâce à la réincarnation, est célèbre pour ses déclarations parfois extravagantes, notamment un récit circonstancié de son enlèvement par des extraterrestres.

- La main de Poutine -

Proche d'Ilioumjinov, M. Makropoulos a accusé M. Dvorkovitch d'avoir eu recours au réseau diplomatique russe pour faire pression sur des fédérations nationales.

Mi-septembre, l'équipe du candidat grec avait saisi le comité d'éthique de la Fide, accusant des proches de M. Dvorkovitch d'avoir acheté le vote de la fédération d'échecs serbe, moyennant un pot-de-vin payé par des entreprises russes en Serbie.

Ce comité a décidé dimanche de suspendre six mois le directeur de la fédération serbe pour s'être laissé influencer dans un vote à la Fide sans pour autant déceler "de preuves suffisantes" pour établir un lien avec le camp de M. Dvorkovitch.

De son côté, en s'appuyant sur un e-mail supposé du ministère israélien des Affaires étrangères, le site internet spécialisé Chessbase a affirmé en août que Vladimir Poutine avait personnellement demandé à Benjamin Netanyahu d'appuyer la candidature de M. Dvorkovitch auprès de la fédération israélienne.

Même l'affaire Skripal est venue jeter une ombre dans cette compétition. Lors d'une interview à la BBC en septembre, M. Dvorkovitch avait mis en doute les accusations de Londres, qui affirme que des agents russes sont à l'origine de l'empoisonnement de l'ex-espion Sergueï Skripal et sa fille, ce que Moscou dément.

Après ces déclarations, la fédération d'échecs britanniques avait décidé de ne pas soutenir Nigel Short, jugé trop proche de M. Dvorkovitch.

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