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Le pape à Genève jeudi en chef d'orchestre de l'unité des chrétiens

Le pape à Genève jeudi en chef d'orchestre de l'unité des chrétiens
Le pape François salue la foule de fidèles place Saint-Pierre, le 20 juin 2018 au VaticanVINCENZO PINTO

Le pape François, qui prône la nécessaire "unité" des chrétiens qui sont persécutés sans distinction, se rend jeudi à Genève à l'invitation de la plus grande communauté mondiale d'Eglises protestantes et orthodoxes cherchant à se rapprocher.

L'anniversaire des 70 ans du Conseil oecuménique des Eglises (COE) né en 1948 -qui compte dans une centaine de pays 350 Eglises plutôt nationales- sera une occasion symbolique pour le pape argentin de renforcer le "dialogue oecuménique".

Ce rapprochement entre chrétiens est inscrit dans les préoccupations de l'Eglise catholique depuis seulement une soixantaine d'années et son fameux concile Vatican II (1962-1965), qui avait appelé au respect mutuel entre religions et renoncé à proclamer l'Eglise détentrice de la seule façon de vivre. Soit une goutte d'eau dans une histoire bi-millénaire marquée par des schismes, des guerres de religions sanglantes et des haines tenaces.

En allant à Genève, terre du théologien et réformateur français Jean Calvin, le pape embrassera au sein du COE la galaxie mondiale chrétienne actuelle, notamment l'importante mouvance évangélique. Quelque 150 membres du COE, réunis cette semaine à Genève pour leur comité central, l'accueilleront, tout comme des délégations chrétiennes des deux Corées.

A l'heure d'une déchristianisation galopante en Europe, les rapports sont aujourd'hui apaisés entre catholiques, orthodoxes et protestants, malgré des divergences théologiques persistantes. Ce rapprochement se nourrit beaucoup des persécutions ou attaques terroristes à l'encontre des chrétiens dans certaines parties du monde où la liberté religieuse est absente.

Le pape François emploie régulièrement l'expression "oecuménisme du sang", en déplorant l'assassinat sans distinction de catholiques, orthodoxes ou protestants. "Si l’ennemi nous unit dans la mort, qui sommes-nous pour nous diviser dans la vie??", dit-il.

Selon le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l'unité des chrétiens, 80% des personnes persécutées dans le monde sont des chrétiens.

- Divergences doctrinales -

L'Eglise catholique-romaine (1,3 milliard de baptisés) ne souhaite pas être adhérente du COE, qui représente à travers des petites églises et communautés plus de 500 millions de chrétiens ne reconnaissant pas la primauté du pape. Mais avec un statut d'observateur, elle participe depuis une cinquantaine d'années à des projets dans l'aide humanitaire ou l'éducation, ainsi qu'à des discussions théologiques.

L'Eglise catholique continue néanmoins à qualifier les confessions protestantes de "communautés ecclésiales" et non d'Eglises à part entière en raison de leur interprétation différente de l'eucharistie. Un document de 2000 du Vatican dit aussi que les protestants sont moins bien armés pour recevoir le salut en raison de leurs sacrements qui diffèrent.

Le pape participera à Genève à une "prière oecuménique" montrant son engagement pour promouvoir l'unité des chrétiens. Mais selon le cardinal Koch, une éventuelle adhésion à la COE exige encore des "études théologiques approfondies" et ce "cheminement" pourrait être encore "long et difficile". Le souverain pontife célébrera aussi une messe devant quelque 40.000 catholiques, dont des frontaliers français.

Il s’agira de la troisième visite d’un pape au COE, après Paul VI en 1969 et Jean Paul II en 1984.

Le pape François a fait de l'oecuménisme et du dialogue interreligieux (avec des non-chrétiens) l'une des priorités de son pontificat, essuyant parfois quelques critiques.

Il a notamment participé au côté des luthériens au lancement du 500ème anniversaire de la Réforme de Martin Luther, le 31 octobre 2016 en Suède. L'occasion d'exprimer ensemble leurs profonds regrets face aux massacres et préjugés issus du schisme entre chrétiens 500 ans plus tôt.

La proximité du pape avec une Eglise luthérienne très moderne (dirigée par une femme mariée et qui compte deux évêques ouvertement homosexuels) avait cependant fait sourciller les milieux les plus conservateurs de l'Eglise catholique.

Et en février 2016, le pape et le patriarche orthodoxe russe Kirill ont fait à Cuba un pas historique en faveur de l'unité du christianisme au terme de la première rencontre entre les chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes depuis leur schisme de 1054. Ils ont signé une déclaration commune déplorant particulièrement les exactions islamistes contre les chrétiens au Proche-Orient qui ont entraîné leur exode massif.

Mais l'accord avec la conservatrice Eglise de Moscou (plus de 130 millions des 250 millions d'orthodoxes) avait essuyé les critiques des Ukrainiens grecs-catholiques qui se sont sentis trahis par le pape.

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