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Le pape chez des orthodoxes bulgares et macédoniens circonspects

 
 

Le pape se rend dimanche en Bulgarie, puis en Macédoine du Nord, petits pays pauvres de l'ancien bloc communiste d'Europe de l'est, poursuivant ainsi son exploration des "périphéries" et son "dialogue" ardu avec les chrétiens orthodoxes.

Il entend certes encourager les 44.000 catholiques bulgares -0,6% des 7 millions d'habitants- et les 20.000 catholiques macédoniens -0,4% des 2,1 millions d'habitants-, mais sa rencontre avec les Eglises orthodoxes reste essentielle.

Même si ses bonnes intentions de construire des ponts avec les autres chrétiens ont été quelque peu douchées un mois avant son arrivée... Le "synode" qui dirige l’Eglise orthodoxe bulgare a condamné toute participation de prêtres orthodoxes à "une prière pour la paix" prévue lundi sur une place publique de Sofia.

Ce genre de rendez-vous interconfessionnel dont raffole le pape a été requalifié en simple "rencontre" par le Vatican. Les orthodoxes bulgares ont aussi rejeté toute forme de service religieux dimanche dans la cathédrale orthodoxe de Sofia où se rendra le pape.

Dans un message vidéo aux Bulgares diffusé vendredi, le pape François a expliqué que son voyage s'inscrivait "sous le signe de la foi, l'unité et la paix". Et il a exprimé "sa joie de rencontrer" les dirigeants de Eglise orthodoxe au nom de "la communion fraternelle entre tous les chrétiens".

En Bulgarie, François a pris le risque de saluer la seule Eglise orthodoxe qui ne participe pas à une commission de dialogue théologique officielle avec les catholiques-romains.

"Le synode recevra le pape en sa qualité de chef d’Etat, car elle n'accepte pas le terme +Eglise+ pour d'autres chrétiens que les orthodoxes", explique Tony Nikolov, expert de la revue "Christianisme et culture".

Repliée sur elle-même, l'Eglise orthodoxe bulgare, marquée par 45 ans d'athéisme officiel sous le communisme, s'est durcie après une scission surmontée en 2001. Pour certains, les catholiques sont encore les dangereux prosélytes des siècles passés.

En février 2016, le pape François et le patriarche orthodoxe russe Kirill avaient pourtant franchi à Cuba un pas historique, avec la première rencontre en 1000 ans entre chefs des deux plus grandes confessions chrétiennes.

Ce pas vers l'unité des chrétiens avait été vivement critiqué en Russie par un courant religieux nationaliste et conservateur. C'est ce même courant qui pousserait les orthodoxes bulgares décidés à freiner l'ouverture plus grande de leur patriarche Néophyte.

L’Eglise catholique se préoccupe seulement depuis une soixantaine d'années du rapprochement entre chrétiens, inscrit dans son concile Vatican II (1962-1965). Une goutte d'eau dans une histoire bi-millénaire marquée par des schismes, de sanglantes guerres de religions en Europe et des haines tenaces.

Dans un message vidéo aux Bulgares diffusé vendredi, le pape François a souligné que son voyage s'inscrivait sous le signe de "l'unité et la paix". Il a exprimé "sa joie de rencontrer" le saint synode de l'Eglise orthodoxe au nom de "la communion fraternelle entre tous les chrétiens".

- "Périphéries" -

Bulgares et Macédoniens attendent avec curiosité, voire une certaine incrédulité, l'arrivée du pape argentin sur leurs petits territoires marginalement catholiques.

Avant même d'être élu pape, Jorge Bergoglio avait conseillé à l’Eglise de se décentraliser pour aller vers "les périphéries" géographiques, parfois pour mieux voir le monde avec le regard excentré des plus modestes.

Fidèle à son mot d'ordre, le chef des 1,3 milliard de catholiques de la planète avait consacré ses deux premiers voyages européens à l'Albanie (2014) et à la Bosnie-Herzégovine (2015), deux pays majoritairement musulmans. Au risque d'irriter des grands pays catholiques européens comme la France ou l'Espagne.

Pour le Premier ministre bulgare Boïko Borissov, la visite de François "illustre son intérêt pour le développement économique pacifique des Balkans".

En Macédoine du Nord, le chef de gouvernement Zoran Zaev a souligné que cette toute première visite d'un pape était attendue avec "gratitude". Le petit pays espère commencer des négociations d'adhésion à l'Union européenne après avoir mis fin à 27 ans de litige avec la Grèce sur son nom.

Quant à l'Eglise orthodoxe macédonienne, autoproclamée indépendante de son ex-Eglise mère serbe en 1967, elle n'est pas reconnue au sein de l'orthodoxie. Dans ce contexte géopolitique épineux, aucune rencontre privée n'aura lieu entre le pape et le primat des orthodoxes.

Le voyage de trois jours incluera une prière à Skopje devant un monument de la plus célèbre native de la capitale macédonienne, sainte mère Teresa de Calcutta, et une visite éclair à Sofia d'un camp de réfugiés.

Ce dernier geste risque de susciter l'incompréhension de l'opinion publique, plutôt hostile à l'accueil des migrants, prôné inlassablement par le pape. Actuellement, les centres d'accueil bulgares sont occupés à seulement 10%, alors que la frontière bulgaro-turque de 274 km est entièrement protégée par des barbelés.




 

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