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Le Procès de Kafka vu par Krystian Lupa: intense plongée dans l'absurdité du monde

Le Procès de Kafka vu par Krystian Lupa: intense plongée dans l'absurdité du monde
Le Polonais Krystian Lupa, figure du théâtre contemporain européen, le 16 novembre 2015 à ParisLOIC VENANCE

Cinq heures d'intense réflexion sur l'absurdité du monde: c'est par un spectacle-fleuve que le Printemps des Comédiens s'est ouvert vendredi soir à Montpellier avec le Procès de Kafka vu par le Polonais Krystian Lupa, grande figure du théâtre contemporain européen.

Pour évoquer l'univers cauchemardesque dans lequel le héros de Franz Kafka se débat et les "doubles" de l'auteur tchèque de langue allemande, Lupa juxtapose avec virtuosité les scènes de théâtre, grâce à des jeux de transparence, et des projections de scènes filmées parfois en direct.

Intervenant au micro depuis l'ombre, Krystian Lupa dilate le temps, crée la cacophonie, pour mieux envouter le spectateur et lui faire ressentir le venin de l'angoisse humaine.

Dix-sept comédiens, souvent littéralement "mis à nu", incarnent avec profondeur les figures de la spirale impitoyable dans laquelle Josef K se retrouve enfermé.

"C’est moi, c’est nous – nous sommes arrêtés sans raison", finissent par croire les spectateurs, tandis que le juge lance avec virulence à la salle "Pour qui vous prenez-vous ?"

Né en Silésie en 1943, influencé par le peintre, réalisateur et homme de théâtre Tadeusz Kantor et par le cinéaste Andreï Tarkovski, Krystian Lupa s'est formé aux arts graphiques à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie. Il commence sa carrière de metteur en scène à la fin des années soixante-dix au Teatr Norwida de Jelenia Gora, avant de devenir le metteur en scène attitré du Stary Teatr de Cracovie et un maître du théâtre européen.

La plupart de ses mises en scène puisent dans la littérature russe ou autrichienne. Il a notamment monté ou adapté Tchekhov, Thomas Bernhard ou Dostoïevski.

Pour Lupa, l'univers arbitraire et oppressant du Procès fait "écho" à des "réalités polonaises récentes". Ainsi dès le début de la représentation en polonais surtitré en français, une télévision placée au centre de la scène crache les bribes abrutissantes d'un débat politique en Pologne.

Plus tard, 13 "accusés" sont incarnés par des acteurs bâillonnés de scotch noir - une dénonciation désormais régulière dans le théâtre de Lupa de l'absence de liberté des artistes et de la société en Pologne.

Le metteur en scène âgé de 74 ans avait interrompu son travail sur l'oeuvre de Kafka lorsque le pouvoir conservateur polonais avait imposé un acteur de sitcom pour diriger le théâtre Polski.

A travers la quête désespérée de logique de Josef K., Lupa ne fait pas mystère de dénoncer l'emprise croissante du parti conservateur Droit et Justice (PiS) sur la société, les médias, la vie culturelle et aussi les rouages de la justice en Pologne.

Deux répliques de la pièce semble résumer le message que Lupa nous adresse: "notre monde a dépassé les limites de l'absurde" et "Réveillez-vous !".

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