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Le Soudan toujours dans l'attente d'un nouveau gouvernement post-Béchir

Le Soudan toujours dans l'attente d'un nouveau gouvernement post-Béchir
Le Premier ministre soudanais Abdallah Hamdok, le 21 août 2019 à KhartoumEbrahim HAMID

Le Soudan reste jeudi dans l'attente de l'annonce de son premier gouvernementdepuis la chute d'Omar el-Béchir, les discussions se poursuivant autour du choix des ministres qui devront gérer les multiples maux du pays durant sa transition vers un pouvoir civil.

Prévue au départ mercredi, l'annonce de la composition du gouvernement d'Abdallah Hamdok a dû être retardée, le Premier ministre n'ayant pas encore arrêté son choix. "Les délibérations continuent, il n'est pas clair quand elles s'achèveront", a indiqué à l'AFP jeudi une source proche de M. Hamdok.

Investi le 21 août, cet économiste doit choisir parmi les noms proposés par les Forces pour la liberté et le changement (FLC), fer de lance du mouvement de contestation, selon les termes d'un accord historique qu'elles ont conclu le 17 août avec le pouvoir militaire.

Seuls les postes de ministres de l'Intérieur et de la Défense seront nommés par les militaires siégeant au sein du Conseil souverain, instance à majorité civile mais dirigée par un militaire qui doit mener pendant un peu plus de trois ans la transition vers un pouvoir civil comme prévu par l'accord.

Samedi, M. Hamdok a promis "une équipe homogène à la hauteur des défis" pour un gouvernement composé de 20 membres, des technocrates choisis en fonction de leurs "compétences".

Agé de 63 ans, Abdallah Hamdok, ancien collaborateur de l'ONU, a aussi affirmé qu'il s'attacherait à "une représentation juste des femmes" au gouvernement.

- Défis -

Une fois nommé, son cabinet devait en principe se réunir le 1er septembre avec le Conseil souverain, selon les termes de l'accord.

L'un des premiers défis du gouvernement sera de relever l'économie d'un pays ayant notamment souffert de deux décennies de sanctions américaines.

Washington a levé l'embargo en 2017 tout en maintenant le Soudan sur sa liste noire des "Etats soutenant le terrorisme".

L'économie s'est écroulée après la sécession du Sud en 2011, Khartoum ayant été privé des trois quarts de ses réserves de pétrole.

Le pays fait face à une inflation galopante, des pénuries chroniques de biens de première nécessité et un manque criant en devises étrangères.

La détresse économique des Soudanais a été la cause principale des manifestations déclenchées en décembre 2018 après le triplement du prix du pain. Elles s'étaient transformées rapidement en contestation de M. Béchir, au pouvoir depuis 1989. Plus de 250 personnes ont péri dans la répression du mouvement, selon un comité de médecins proche de la contestation.

Le futur gouvernement devra aussi composer avec un autre défi de taille: la conclusion d'accords de paix dans les six mois avec les groupes rebelles dans les régions du pays en conflit, notamment ceux qui ont rejeté l'accord du 17 août.

Plusieurs de ces groupes, situés dans des Etats marginalisés ont combattu les forces de M. Béchir pendant des années. Des centaines de milliers de personnes ont ainsi été tuées au Darfour, au Nil Bleu et au Kordofan-sud, et des millions d'autres déplacées.

Le nouveau Premier ministre a promis "d'arrêter la guerre et de construire une paix durable".

- "Inquiétant" -

Le report de l'annonce du cabinet de M. Hamdok a suscité jeudi un début d'inquiétude parmi les Soudanais.

"Ce n'est pas une bonne chose (...). Le pays a été sans gouvernement depuis près de cinq mois maintenant", a estimé à l'AFP Hassan Abdelmeguid, un fonctionnaire de 48 ans.

"Le Soudan est confronté à de grands défis et a besoin qu'un gouvernement se forme au plus vite".

Pour Hicham Ajari, étudiant de 22 ans, "ce délai est inquiétant et nous fait craindre que les dirigeants du pays n'adhèreront pas à la chronologie établie par l'accord".

D'autres, comme Sanya Mohamed, ont tenté de relativiser.

"Si cela permet de trouver des personnes compétentes pour ces postes (de ministres), alors ça va", a estimé cette fonctionnaire de 32 ans.

"Mais si (le retard) est causé par des désaccords concernant les candidats, alors c'est inquiétant", a-t-elle jugé. "Le pays ne le supportera pas".

Le mois dernier, le début du processus de transition avait connu un premier retard, sans conséquence, de 48 heures, au moment de la formation du Conseil souverain.

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