Trente ans après, Fourniret a avoué les meurtres de deux femmes

Trente ans après, Fourniret a avoué les meurtres de deux femmes
Michel Fourniret, au tribunal de Charleville-Mézière le 29 mai 2008ALAIN JULIEN

Un rebondissement dans deux affaires vieilles de près de 30 ans: l'enquête sur le meurtre et la disparition de deux jeunes femmes dans les années 90 dans l'Yonne a connu un tournant avec les aveux de Michel Fourniret, selon l'avocat d'une famille de victime.

Condamné à la perpétuité en 2008 pour les meurtres de sept jeunes filles, Michel Fourniret, 75 ans, a été entendu dans le plus grand secret à plusieurs reprises depuis la semaine dernière par une juge d'instruction parisienne, comme l'a révélé vendredi le site internet de la chaîne M6.

"Il a fait des aveux circonstanciés et réitérés. Il reconnaît clairement et à plusieurs reprises avoir tué Joanna Parrish et Marie-Angèle Domece", a déclaré à l'AFP Didier Seban, l'avocat de la famille de la Britannique Joanna Parrish, après avoir été reçu par la magistrate vendredi matin pour un point sur l'enquête.

"C'est un rebondissement", "une résolution, me semble-t-il, de l'affaire de manière remarquable", a souligné l'avocat, espérant la tenue prochaine d'un nouveau procès aux assises de celui qui a été surnommé "l'ogre des Ardennes".

"Compte-tenu des investigations en cours", le parquet de Paris n'a pas souhaité faire de commentaires. Contacté par l'AFP, l'avocat de Michel Fourniret n'a pas répondu.

Après ces aveux, des inconnues demeurent toutefois sur les circonstances des meurtres. Interrogé à ce sujet, Me Seban n'a pas souhaité faire de commentaire.

Le 17 mai 1990, le corps de Joanna Parrish, alors assistante d'anglais au lycée Jacques-Aymot d'Auxerre, avait été retrouvé à Moneteau (Yonne). La jeune femme, 20 ans, était nue et l'autopsie avait révélé qu'elle avait été violée et battue avant sa mort.

Marie-Angèle Domece, handicapée mentale, avait disparu le 8 juillet 1988 dans l'Yonne, à 19 ans. Son corps n'a jamais été retrouvé. Une disparition sur laquelle Michel Fourniret avait été interrogé dès juin 2007.

Près de trente ans après les faits, quel crédit accorder à ces aveux livrés à la justice, susceptibles de revirement de la part d'un homme à la personnalité complexe et qui a déjà dérouté la justice?

- "Enorme travail" -

A deux reprises, son ex-épouse Monique Olivier avait attribué les meurtres des deux jeunes femmes à Michel Fourniret, avant de se rétracter par la suite. "Il faudra que Monique Olivier soit à son tour entendue éventuellement confrontée à Michel Fourniret", a estimé l'avocat de la famille Parrish.

Michel Fourniret avait, lui, toujours contesté son implication dans ces deux disparitions, y compris pendant son procès devant la cour d'assises des Ardennes, où il a été condamné le 28 mai 2008, à la perpétuité incompressible pour sept meurtres. Monique Olivier a, elle, été condamnée à la perpétuité, accompagnée d'une mesure de sûreté de 28 ans, pour sa complicité dans cinq meurtres.

"L'ogre des Ardennes" avait été mis en examen le 11 mars 2008 pour les enlèvements et les assassinats de ces deux jeunes femmes avant de bénéficier dans ce dossier, par la suite dépaysé de Charleville-Mézières à Paris, d'un non-lieu le 14 septembre 2011. Mais l'affaire avait été relancée en juin 2012 quand la cour d'appel de Paris avait annulé ce non-lieu et demandé aux juges de rouvrir l'instruction sur la base de nouvelles pistes, suscitant les espoirs des parties civiles.

"Le dossier a été complètement repris à zéro. Il y a eu un énorme travail des gendarmes de la section de recherches de Dijon et de la justice, pour vérifier où Michel Fourniret se trouvait, les points de son parcours, sa présence à Auxerre le jour de la disparition de Joanna Parrish. Dans cette affaire, tout menait à eux (Michel Fourniret et son ex-épouse, ndlr), a expliqué Me Seban.

C'est selon lui dans le cadre de ces avancées que Michel Fourniret a été auditionné par la juge. "Un peu coincé par les éléments présentés par la justice, il a reconnu assez facilement" les faits, a rapporté l'avocat. Pour la famille, "c'est dur", mais "c'est l'aboutissement d'une longue bataille judiciaire", a-t-il estimé.

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