Les combats au Yémen: "pendant trois jours, nous avons vu la mort"

"Pendant trois jours, nous avons vu la mort": des civils yéménites ont raconté leur calvaire cette semaine à Aden, deuxième ville du pays, transformé en champ de bataille entre forces séparatistes et gouvernementales.

"La bataille a commencé ici, dans ce quartier", explique à l'AFP Awad Nasser, habitant du quartier de Jabal Hadid qui donne sur la mer.

"Toutes sortes d'armes étaient utilisées. Nous sommes descendus à toute allure de notre appartement au 3e étage pour nous réfugier chez notre voisin au 1er. Les enfants criaient", ajoute-t-il.

Les combats entre dimanche et mardi, qui ont fait au moins 38 morts et 222 blessés selon le Comité international de la Croix-Rouge, ont opposé des forces séparatistes du sud du Yémen aux troupes du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

Les deux camps étaient précédemment alliés pour combattre les rebelles Houthis qui contrôlent la capitale Sanaa et de vastes régions dans le nord du pays.

Les combats de cette semaine à Aden, où les séparatistes ont pris le dessus sur les forces gouvernementales, ont fait apparaître des divisions entre l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, tous deux piliers d'une coalition qui intervient depuis mars 2015 au Yémen avec l'objectif de rétablir l'autorité du gouvernement et de chasser les Houthis, soutenus par l'Iran.

Ryad soutient en effet le président Hadi tandis que les Emirats ont entraîné une force militaire yéménite perçue comme favorable au mouvement séparatiste.

"On avait peur que les avions de la coalition interviennent mais, heureusement, cela ne s'est pas produit", relève Awad Nasser.

Jeudi, des émissaires militaires saoudiens et émiratis ont fait la navette entre forces gouvernementales yéménites et séparatistes du Sud dans une tentative manifeste de resserrer les rangs.

A Dar Saad, dans le nord de la ville, des commerçants, pris entre deux feux, ont préféré baisser leurs rideaux et un grand entrepôt a brûlé pendant deux jours au milieu du chaos. Dans d'autres secteurs, l'eau et l'électricité ont été coupées.

- 'Terrifiant' -

Dans le quartier de Crater, où le chef du gouvernement Ahmed ben Dagher et des ministres se sont terrés au palais présidentiel, des témoins racontent que de nombreuses maisons sont criblées d'impacts de balles et que des civils ont été tués ou blessés dans les combats.

"Le siège du palais présidentiel a été terrifiant", explique Dounia Hussein Farhane, étudiante de 22 ans qui vit dans ce quartier.

"Des civils ont été touchés par des éclats d'obus. Ils n'avaient rien à voir avec cette lutte. Il n'y avait personne pour les aider, parce que les bombardements étaient incessants et les routes fermées".

Hicham Mounir, habitant de Dar Saad, ne cache pas sa colère: "la guerre avec les Houthis, c'était déjà trop. On en a assez. Cela m'attriste de voir une guerre aujourd'hui entre (Sudistes)".

Le président Hadi est originaire du sud du Yémen, tout comme son adversaire, Aidarous al-Zoubaidi, qui a pris la tête d'un "Conseil de transition du Sud", autorité parallèle séparatiste.

Aden était la capitale du Yémen du Sud, un Etat indépendant avant sa fusion avec le Nord en 1990.

Hana Dajrane, qui réside dans le quartier de Khor Maksar, fait partie des dizaines de milliers de civils déplacés par la guerre et qui sont désormais installés dans le Sud.

"Nous avons été déplacés de Sanaa à Aden, à la recherche de sécurité", dit-elle. "Et nous avons pris en pleine figure un nouvel affrontement interne. Je n'ai pas bougé pendant trois jours en raison des affrontements".

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