En ce moment
 
 

Les espoirs des joueuses afghanes de cricket "anéantis" par les talibans

 
 

En 2014, l'équipe féminine de cricket afghan était dissoute, en raison notamment de menaces des talibans. Sept ans et une renaissance plus tard, les espoirs des joueuses, qui pourraient être privées de sport au nom de l'islam, sont de nouveau "anéantis", regrette Tuba Sangar.

"Encore choquée" par le retour des fondamentalistes, dont le premier règne (1996-2001) fut marqué par leur brutalité à l'encontre des femmes, l'ex-directrice en charge de la section féminine de cricket afghan raconte les années 2014-2020, quand la communauté internationale poussait pour toujours plus d'inclusion dans le sport.

Dans un pays ayant découvert le cricket tardivement, mais où celui-ci s'est rapidement hissé au rang de sport numéro 1 et fait désormais figure de fierté nationale, la promotion d'une équipe féminine de cricket était une occasion à ne pas manquer.

En 2010, une équipe féminine de cricket voit donc le jour... pour être dissoute quatre ans plus tard en raison d'un contexte sécuritaire défavorable.

S'en suivent des années de travail dans l'ombre, mené notamment par Tuba Sangar, avant que finalement fin 2020, des contrats soient attribués à 25 joueuses, premier pas vers un retour sur scène et des matches à l'international.

"De 2014 à aujourd'hui, nous n'avons pas eu l'opportunité de jouer à un niveau international, mais là il y avait l'espoir, tout le monde faisait de son mieux pour y parvenir", souligne auprès de l'AFP Tuba Sangar, du Canada où elle est réfugiée.

- "L'Islam ne permet pas" -

La perspective avait un savoureux goût de victoire pour les femmes afghanes, qui se battent au quotidien depuis plus de vingt ans pour récupérer leur place dans l'espace public ainsi que leurs droits bafoués à la fin des années 1990.

Mais "quand les talibans sont arrivés, ils ont anéanti les espoirs. Tout le monde craint pour sa vie", ajoute Tuba Sangar.

Quelques semaines seulement après avoir pris le pouvoir le 15 août dernier, les talibans ont laissé entendre que les femmes ne seraient pas autorisées à faire du sport sous le nouveau régime si elles étaient amenées à être exposées au regard du public.

"L'islam ne permet pas aux femmes d’être vues comme ça", a expliqué Ahmadullah Wasiq, un responsable taliban, au média australien SBS News.

Si aucune décision officielle n'a encore été prise, ces déclarations ont conforté les craintes d'une partie de la population afghane et de la communauté internationale sur un retour d'une application stricte de la charia en vigueur sous le premier gouvernement taliban.

Les divertissements, sportifs ou autres, étaient alors interdits. Certains sports étaient autorisés, mais ils étaient strictement contrôlés : seuls les hommes pouvaient jouer ou assister aux rencontres.

Un tel retour en arrière s'annonce catastrophique, estime Tuba Sangar. "Il y a des filles très talentueuses qui espéraient pouvoir jouer du cricket à l'international", pour "montrer au monde entier que les femmes afghanes peuvent jouer au cricket."

- 'Tout perdu' -

"On continue d'espérer qu'un jour on y arrivera mais dans l'immédiat il n'y a aucun espoir. On a tout perdu", ajoute-t-elle.

Interrogées fin août par la BBC, plusieurs membres de l'équipe afghane féminine de cricket avaient confié, sous des noms d'emprunt, craindre pour leur vie et être "désespérées".

L'une d'entre elles expliquait notamment se "sentir une femme forte", en confiance et fière d'elle quand elle jouait au cricket, un sport qui lui permettait de s'imaginer "comme une femme qui peut tout faire, qui peut réaliser ses rêves".

Face au nouveau régime taliban, l'Australie a fait monter la pression ces derniers jours en menaçant d'annuler le premier match masculin historique entre les deux pays, prévu à Hobart en novembre.

Mais pour Tuba Sangar, "ce n'est pas une bonne idée de boycotter l'équipe masculine", qui "a fait beaucoup pour le pays" en le présentant sous un jour positif, et surtout qui "redonne un peu d'espoir" aux Afghans actuellement.

Ces vingt dernières années, l'équipe nationale masculine a connu une ascension fulgurante, parvenant à se hisser dans le top dix mondial pour les matches d'un jour et en format Twenty20.

"Si l'Australie" et d'autres pays veulent soutenir les joueuses afghanes", ils devraient plutôt selon Tuba Sangar "donner l'opportunité à certaines de rester sur leur sol pendant quelques années et les laisser pratiquer en jouant pour l'Afghanistan depuis un pays tiers."


 




 

Vos commentaires