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Les horreurs fusent à Washington, secouée par la procédure de destitution

Selon le calendrier, Halloween n'est encore que dans une semaine, mais les horreurs fusent déjà à Washington, plongée dans une fébrilité inédite avec la procédure de destitution qui menace Donald Trump.

La capitale américaine, connue pour ses bâtiments néo-classiques et ses bureaucrates en costumes austères, est devenue le théâtre d'un film d'épouvante dans lequel tous les coups sont permis.

Luttant pour sa survie politique avant même de pouvoir se concentrer sur sa campagne de réélection en 2020, le président américain y tient le premier rôle. Et ses répliques sont bien parties pour devenir cultes.

Les élus de son partis qui ne le soutiennent pas ? Des "déchets humains", a-t-il cinglé cette semaine.

Dans une scène surprenante, qui n'a pas manqué de provoquer les hurlements des démocrates, un groupe d'élus républicains fidèles au président a fait irruption cette semaine dans une salle du Congrès, où se déroulait une audition menée dans le cadre de l'enquête pour destitution. Ils ont dénoncé une procédure "soviétique", conduite sans transparence, puis ont commandé des pizzas.

Pas en reste, l'ancienne conseillère à la sécurité nationale de Barack Obama, Susan Rice, a affublé le sénateur républicain Lindsey Graham, un proche de Donald Trump, d'un surnom peu flatteur: "une merde".

Entre temps, une ancienne et une actuelle candidate démocrate à la présidentielle s'invectivaient: Hillary Clinton --défaite face à Donald Trump en 2016-- a décoché la première flèche en affirmant que les Russes avaient choisi leur poulain pour 2020, dans une allusion à la jeune élue Tulsi Gabbard. Cette dernière, candidate à la primaire démocrate, n'a pas tardé à répliquer, qualifiant son aînée d'"incarnation de la corruption" et de "personnification de la pourriture" nuisant au parti démocrate.

Tout cela en l'espace d'une semaine.

- Comédie noire -

Le ressort principal de l'intrigue washingtonienne: sans aucun doute les accusations d'abus de pouvoir à l'encontre de Donald Trump.

L'affaire est très sérieuse, mais les détails qui émergent des diverses auditions menées au Congrès sont parfois dignes d'une comédie noire.

Donald Trump, ancien animateur télé, est accusé d'avoir fait pression sur le président ukrainien --un ancien comédien-- afin qu'il discrédite un candidat démocrate bien placé pour 2020, l'ancien vice-président Joe Biden, en enquêtant sur lui et son fils, qui travaillait pour une entreprise ukrainienne.

Pour inciter les Ukrainiens à agir, le milliardaire républicain aurait retardé le versement d'une aide de plusieurs centaines de millions de dollars à leur pays.

C'est ce qui, selon les démocrates, pourrait justifier une mise en accusation ("impeachment") de Donald Trump: un président hors de contrôle qui utilise une aide militaire pour son profit personnel.

La contre-attaque du principal intéressé ?

Il s'agit d'un "lynchage", a-t-il lancé jeudi. Un terme lourd de sens aux Etats-Unis, car associé aux meurtres de Noirs par des Blancs au cours du XIXe et XXe siècle. Et un tollé de plus dans la capitale américaine.

- Turbulences -

Les turbulences provoquées par l'enquête en vue d'une destitution sont pour le moins brutales.

L'audition mardi par les parlementaires de Bill Taylor, un diplomate américain en poste en Ukraine, a dressé le portrait d'un président prêt à tout pour poursuivre ses opposants politiques.

Personnage de premier plan dans ces manoeuvres: Rudy Giuliani, ancien maire de New York reconverti en avocat imprévisible, et haut en couleur, du président.

Il aurait eu pour bras droits un trio de ministres et diplomates loyaux à Donald Trump, qui se surnommaient les "trois amigos".

Selon M. Taylor, à la réputation impeccable, leur but était de forcer le président ukrainien à annoncer sur la chaîne américaine CNN l'ouverture d'une enquête contre Joe Biden.

Mais pour la Maison Blanche, tout cela n'est qu'une "chasse aux sorcières". Et même les arguments plus rationnels (au premier abord) ne sont pas moins déconcertants.

Pour l'ancien responsable du département de la Justice Matthew Whitaker, un abus de pouvoir "n'est pas un crime".

Le quotidien des affaires Wall Street Journal a opiné, arguant dans un éditorial que même si le président était mal intentionné, il était trop "inepte" pour réussir -- et qu'il n'existait pas de "destitution pour incompétence".

Un autre avocat de M. Trump a lui soutenu que son client était peu ou proue protégé contre absolument toutes les enquêtes tant qu'il est en fonction. Même s'il tirait sur quelqu'un en plein Manhattan, à New York.

"Personne ne pourrait rien faire ?", lui avait demandé le juge. "C'est correct", a affirmé William Consovoy.

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