Les Yazidis, persécutés par l'EI, enterrent leur prince en Irak

Avec mille précautions, une dizaine d'hommes mettent en terre le cercueil de celui que tous dans la foule décrivent comme un "symbole" et un "père". Entre larmes et prières, les Yazidis d'Irak ont enterré mardi leur chef spirituel.

"Les Yazidis et toutes les communautés des alentours aimaient le prince Tahsin Saïd Ali", assure à l'AFP Zardachat Mirza, membre de cette minorité persécutée pendant des années par les jihadistes du groupe Etat islamique (EI).

Chef spirituel de sa communauté à travers le monde durant près de 75 ans, Tahsin Saïd Ali est décédé le 28 janvier en Allemagne, où il s'était exilé.

A l'été 2014, les combattants de l'EI avaient débarqué dans le nord montagneux de l'Irak, à bord de pick-up surmontés de leur drapeau noir afin d'étendre leur "califat" autoproclamé.

Ils ont tué des hommes, réduit les femmes à l'esclavage sexuel et enrôlé de force les enfants pour en faire des soldats, dans le foyer historique des Yazidis sur les monts Sinjar, à l'ouest de la ville de Cheikhan où s'est déroulé l'enterrement mardi.

"Le prince Tahsin était le symbole des Yazidis", explique M. Mirza, coiffé d'un keffieh rouge et blanc et portant une courte barbe noire.

Derrière lui, de nombreuses personnes se succèdent pour déposer des fleurs colorées sur le monticule de terre rapidement recouvert ou pour embrasser religieusement l'immense portrait de l'homme à la longue barbe blanche.

"Il était comme notre père et nous considérait tous comme ses enfants", abonde Mir Haj, haut dignitaire de cette religion monothéiste ésotérique organisée en castes.

- "Grand vide" -

"Il laisse un grand vide et il faut que son successeur lui ressemble", plaide auprès de l'AFP cet homme, chargé du pèlerinage au temple de Lalich, le plus grand de la communauté, situé non loin de là.

La question de la succession du prince Tahsin a déjà été évoquée, avait expliqué à l'AFP Vian Dakhil, députée yazidie à Bagdad. De son vivant, il avait désigné son fils Hazem, qui vit à Cheikhan.

Ce dernier devrait donc être prochainement désigné prince des Yazidis par un conseil de hauts dignitaires.

Il héritera alors d'une communauté qui a souffert des multiples exactions commises par l'EI, sur lesquelles enquête l'ONU pour déterminer si elles peuvent être qualifiées de "génocide".

La percée jihadiste a fait des milliers de morts et de disparus parmi les Yazidis: le sort de 3.000 d'entre eux demeure inconnu.

Elle a aussi poussé à l'exil 100.000 des 550.000 Yazidis irakiens et conduit des dizaines de milliers d'autres dans les camps surpeuplés de déplacés dans des régions du nord de l'Irak, notamment au Kurdistan.

Ne possédant pas de livre sacré et vénérant sept anges, dont le principal est Melek Taous, "l'Ange-Paon", les Yazidis sont persécutés depuis des siècles par les extrémistes qui les considèrent comme des "satanistes".

Après avoir vécu l'horreur de l'EI, ils sont désormais décidés à faire reconnaître leur calvaire.

Leur principale porte-parole est Nadia Murad. Cette Yazidie de 25 ans, ancienne esclave sexuelle des jihadistes, a obtenu cette année le prix Nobel de la paix.

Avec l'avocate et militante des droits humains libano-britannique Amal Clooney, elle milite auprès des instances internationales pour que les crimes de l'EI soient jugés.

Vos commentaires