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Ligue mondiale de rugby: World Rugby tente d'éteindre l'incendie

Ligue mondiale de rugby: World Rugby tente d'éteindre l'incendie
Le directeur général de World Rugby, Brett Gosper, lors d'une conférence de presse à Hong Kong, le 10 avril 2016Isaac LAWRENCE
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La Coupe du monde menacée de boycott, les joueurs vedettes qui protestent: forcé de réagir, World Rugby a enfin évoqué samedi auprès de l'AFP son projet décrié de Ligue mondiale, affirmant soutenir un modèle plus ouvert que celui qui exclurait les archipels du Pacifique, talentueux mais désargentés.

Resté muet sur son projet depuis des mois, World Rugby a été mis au pied du mur jeudi par le quotidien New Zealand Herald, qui assurait que cette Ligue serait lancée dès 2020 avec 12 pays: ceux du Tournoi des six nations, ceux de l'actuel Rugby Championship (la compétition entre les quatre grandes nations de l'hémisphère sud), ainsi que le Japon et les Etats-Unis.

Une formule qui exclurait les nations du Pacifique (Fidji, Samoa, Tonga) qui fourmillent de joueurs de talent mais survivent avec des moyens financiers limités. Et ce pour au moins 10 ans...

Scandalisé, Pacific Rugby Players Welfare (PRPW), une association qui regroupe notamment des joueurs des Fidji, Tonga ou Samoa, a appelé vendredi ses 600 membres au boycott de la Coupe du monde 2019, prévue au Japon du 20 septembre au 2 novembre.

- "Pas question d'exclure le Pacifique" -

L'instance internationale du rugby à XV ne pouvait plus garder le silence et c'est par la voix de son directeur général Brett Gosper qu'elle tente de calmer le jeu samedi.

"La participation serait fondée sur le mérite en fonction du classement à un moment donné. Il n'est donc pas question d'exclure les îles du Pacifique", a assuré, lors d'une interview téléphonique à l'AFP, l'Australien de 59 ans en poste depuis 2012.

"Nous ajouterions ainsi deux pays émergents au top niveau, tout en finançant une compétition de deuxième niveau avec tous les avantages qui en découleraient pour les joueurs".

Les pays du Pacifique, comme d'autres nations du "Tier 2", le deuxième échelon international, pourraient donc être sélectionnés pour jouer dans la cour des grands.

"La compétition à deux divisions offrirait plus de possibilités aux joueurs et assurerait la stabilité financière des fédérations", a poursuivi Gosper.

- Rétropédalage ? -

Cela était-il prévu initialement par Word Rugby ? Ou l'organisme a-t-il fait marche arrière en fin de semaine, redoutant la fronde des joueurs potentiellement dévastatrice à quelques mois de l'échéance japonaise?

Les réactions ont été virulentes parmi les rugbymen, qui ont reproché à World Rugby d'abandonner ces nations, les empêchant de jouer contre les meilleures et limitant ainsi leur marge de progression, et ce pour l'appât du gain.

Ce serait un "désastre pour le rugby du Pacifique 2.0", a regretté l'ancien joueur samoan Daniel Leo, aujourd'hui président du PRPW. "L'avenir du Tier 2 ne vous intéresse pas, au moins admettez-le", a lui interpellé sur Twitter le troisième ligne de La Rochelle Victor Vito, double champion du monde avec les All Blacks.

"Il s'agit d'une discussion en constante évolution avec toutes les parties prenantes et certaines des préoccupations exprimées sont inexactes et dépassées", s'est défendu Gosper.

"Par exemple, il a été question de jouer cinq semaines de suite en novembre, mais encore cette semaine, nous avons évoqué une période d'inactivité pendant laquelle dix des douze équipes cesseraient de jouer".

Allusion directe aux critiques de l'Association internationale des joueurs (International Rugby Players, IRP), présidée par Jonathan Sexton, meilleur joueur du monde en 2018, pour qui le projet, tel que présenté, est "déconnecté de la réalité et montre le peu de compréhension des sollicitations physiques que cela induit".

Mais selon Gosper, la charge de travail pourrait en réalité être moindre que l'actuelle. "Aujourd'hui, les équipes jouent en moyenne douze matches tests par an, ce format leur permettrait de jouer onze matches et seulement des matches supplémentaires s'ils atteignent les demi-finales et la finale".

Enfin, "cela n'éroderait certainement pas l'atmosphère particulière et unique d'une Coupe du Monde", a conclu Gosper. Qui répondait cette fois à l'entraîneur néo-zélandais Graham Henry, pour qui cette Ligue serait une mini-Coupe du monde qui desservirait la vraie.

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