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Londres s'inquiète face à une montée de la criminalité

Londres s'inquiète face à une montée de la criminalité
Une tente installée par la police à l'endroit où une adolescente a été tuée par balle, à Londres le 3 avril 2018. Ben STANSALL

Une adolescente a été tuée par balle lundi soir à Londres et un adolescent blessé. Ce sont les dernières victimes d'une spirale de violences qui a vu la capitale britannique dépasser pour la première fois New York pour le nombre des meurtres.

Au cours du premier trimestre 2018, Scotland Yard a ouvert 45 enquêtes pour meurtre. Ce chiffre est le double de celui sur la même période l'an dernier, et, pour les mois de février et mars de cette année, c'est plus qu'à New York.

C'est même la première fois dans l'histoire moderne que le taux d'homicide à Londres, qui a crû de 40% en trois ans, est plus élevé que celui de cette ville américaine, de taille comparable.

Un constat qui inquiète de plus en plus les travailleurs sociaux et les élus locaux. Ils considèrent que les coupes budgétaires opérées par le gouvernement conservateur sont le principal facteur de la hausse enregistrée.

La capitale britannique connaît "une véritable tempête", entre baisse du nombre des policiers et services sociaux "décimés" en raison des financements en baisse, affirme à l'AFP Larry Logan, un commissaire de police à la retraite.

L'ancien officier, qui travaillait dans l'est londonien, décrit des détectives "épuisés", qui partent à la retraite par anticipation ou démissionnent en raison de la charge de travail.

- "Gangsters et crime organisé" -

David Lammy, le député travailliste de Tottenham, dans le nord-est de Londres, a réclamé une réunion d'urgence avec la ministre de l'Intérieur Amber Rudd.

"Nous devons faire tomber les gangsters et le crime organisé", écrit-il sur Twitter, attribuant l'augmentation des violences à la guerre que se livrent les gangs de la drogue et dénonçant les budgets en diminution de la police.

C'est dans sa circonscription qu'une adolescente de 17 ans a été tuée lundi soir par un coup de feu tiré d'une voiture.

Un adolescent de 16 ans est quant à lui dans un état critique à l'hôpital après avoir reçu une balle en plein visage, dans un autre quartier du nord-est. Un garçon de 15 ans a été poignardé au bras au cours de la même attaque mais ses jours ne sont pas en danger.

"C'est horrible, désolant", déplore la députée locale Stella Creasy sur Facebook. Elle a annoncé que les fouilles aléatoires de passants avaient été rétablies dans ce quartier pour y éviter le port d'armes. Elles avaient été limitées de manière draconienne ces dernières années, critiquées pour plus particulièrement viser les minorités ethniques.

- Coupes gouvernementales -

Pour le maire travailliste de Londres Sadiq Khan, le sous-financement de la police par les gouvernements conservateurs successifs de David Cameron et Theresa May est en cause.

Il affirme que le budget de Scotland Yard a connu une baisse de 600 millions de livres (688 millions d'euros) depuis 2011, entraînant une chute du nombre des policiers et des commissariats.

"Les coupes gouvernementales ont décimé les services à destination des jeunes dans notre cité", a-t-il aussi dénoncé mardi sur Twitter tandis que la députée travailliste Dawn Butler renchérissait : "On ne peut protéger les gens à peu de frais".

Un porte-parole du ministère de l'Intérieur a défendu l'action du gouvernement, soulignant qu'il agissait "pour restreindre l'accès aux armes offensives" et "briser le cercle mortel de la violence".

"Le Royaume-Uni a l'une des législations les plus sévères en matière d'armes à feu dans le monde et cela restera le cas", a-t-il ajouté.

Pour Sarah Castro, un membre de Safer London, une association travaillant à empêcher la violence des gangs, la hausse du nombre des meurtres est lié à un ensemble de facteurs.

Selon elle, le plus grand défi des travailleurs sociaux est de changer la mentalité des jeunes hommes. "Ils pensent qu'être un homme, c'est être hyper-masculin", a-t-elle dit à l'AFP, voyant dans la recherche de la virilité une des causes des violences.

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