Lourdes peines de prison pour six dissidents au Vietnam

Lourdes peines de prison pour six dissidents au Vietnam
L'avocat vietnamien Nguyen Van Dai (centre) et d'autres accusés le jeudi 5 avril 2018 à leur procès à HanoïVietnam News Agency

Six dissidents vietnamiens, dont un avocat de premier plan, ont été condamnés jeudi à des peines de sept à quinze ans de prison pour "tentative de renversement" du régime communiste, les peines les plus lourdes de ces dernières années.

"Aucune preuve n'a été faite au tribunal aujourd'hui d'une quelconque tentative de renverser le régime" à parti unique, a estimé l'avocat Le Luan, interrogé par l'AFP à sa sortie de ce procès express d'une journéeà Hanoï. La presse internationale n'a pas été autorisée à y assister.

Les six prévenus, qui risquaient la peine de mort, sont liés à un groupe dissident, dit de la Fraternité pour la démocratie, qui assure avoir un réseau d'opposants à travers tout le pays.

Ils étaient accusés d'avoir organisé des formations aux droits de l'Homme, d'avoir appelé au multipartisme et d'avoir reçu des subsides de l'étranger, selon l'acte d'accusation.

L'avocat Nguyen Van Dai, âgé de 48 ans, est détenu depuis décembre 2015. Il avait été arrêté après avoir participé à une réunion sur la question des droits de l'Homme avec des responsables de l'Union européenne à Hanoï.

En début de matinée, plusieurs manifestants avaient été interpellés par des policiers en civil alors qu'ils marchaient sur le tribunal.

- Manifester interdit -

"La démocratie n'est pas un crime", "Opposez-vous à la neutralisation de la Fraternité pour la démocratie", pouvait-on lire sur les pancartes brandies par la dizaines de participants à ce défilé, rare dans un pays où manifester est interdit.

Leur marche a été arrêtée net par des policiers mobilisés en nombre pour ce procès de premier plan, dans ce pays où les médias sont entièrement contrôlés par l'Etat et les manifestations interdites.

Ils ont été embarqués dans un bus, d'autres dans un van banalisé. Une journaliste étrangère de l'AFP couvrant la manifestation a dû s'expliquer de sa présence auprès de policiers.

Au départ, les accusés avaient été accusés de "propagande anti-étatique", avant que cela ne se transforme en "tentative de renversement" du régime.

La femme de Nguyen Van Dai a expliqué à l'AFP que lors de ses deux années de détention préventive, la santé de son mari s'était dégradée.

"La dernière fois que je l'ai rencontré, il restait fort mentalement, mais il n'avait pas bonne mine.... Ses cheveux sont devenus tout blancs", a expliqué Vu Minh Khanh.

L'avocat a déjà passé quatre ans en prison entre 2007 et 2011 pour propagande anti-étatique.

Blogueurs, avocats et opposants de divers horizons sont nombreux à être emprisonnés au Vietnam. Selon le dernier décompte d'Amnesty International cette semaine, le Vietnam compte 97 prisonniers politiques.

"Le Vietnam est l'un des pays d'Asie du Sud-Est incarcérant le plus de militants pacifiques - une distinction honteuse à laquelle aucune nation ne devrait aspirer", a commenté le directeur régional d'Amnesty, James Gomez.

"La communauté internationale doit condamner sans équivoque la répression incessante de la société civile par le gouvernement vietnamien et exiger la libération inconditionnelle de Nguyen Van Dai, de ses collègues et de tous les autres prisonniers politiques", a commenté pour sa part la secrétaire générale de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) Debbie Stothard.

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