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Macron en Tunisie pour soutenir la fragile démocratie et son économie

Macron en Tunisie pour soutenir la fragile démocratie et son économie
Emmanuel Macron le 30 janvier 2018 à l'Elysée, à ParisPHILIPPE WOJAZER

Le président Emmanuel Macron est arrivé mercredi en Tunisie pour "soutenir la transition démocratique" de ce pays fragilisé par les difficultés économiques et sociales sept ans après sa révolution.

M. Macron a atterri en milieu d'après-midi à Tunis, deux semaines après une nouvelle poussée de fièvre marquée par des manifestations, dont certaines ont dégénéré en émeutes nocturnes, dans plusieurs villes tunisiennes.

Il doit y signer dans la foulée une série d'accords économiques, sécuritaires, universitaires et culturels, à l'occasion des entretiens avec le président Béji Caïd Essebsi et le Premier ministre Youssef Chahed.

"La France doit soutenir la jeune démocratie tunisienne", a réaffirmé M. Chahed sur France 24. "Vous n'avez pas une démocratie qui nait à une heure de la France tous les ans. Nous sommes une démocratie véritable, avec une liberté de presse, une liberté de parole, et vous ne trouverez pas ça dans beaucoup de pays."

Dans le même temps, l'ONG Human Rights Watch (HRW) a néanmoins publié un communiqué pour déplorer des brutalités policières pendant les mobilisations déclenchées mi-janvier notamment par la hausse du coût de la vie et la persistance d'un chômage élevé malgré une reprise de la croissance (2% l'an dernier).

Dans un entretien au quotidien francophone La Presse, Emmanuel Macron a souligné qu'il annoncerait pendant sa visite "un effort supplémentaire au moins dans trois domaines: la réduction des inégalités, sociales et territoriales; l'employabilité des jeunes (...); et un investissement accru dans les secteurs d’avenir dont (...) les énergies renouvelables et les nouvelles technologies".

Tout en saluant les "signaux positifs" envoyés par le gouvernement, il a estimé que "l'Etat tunisien a aussi des réformes à mener afin que la Tunisie devienne une destination plus attractive pour les investissements étrangers."

Pour cette visite d'Etat, qui fait suite à celles effectuées au Maroc en juin et en Algérie en décembre, le président français est accompagné de plusieurs ministres dont Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Jean-Michel Blanquer (Education), et d'hommes d'affaires comme Stéphane Richard (Orange) et Xavier Niel (Iliad). Son épouse Brigitte est aussi du voyage.

Un appel est lancé aux entreprises françaises à "revenir massivement investir en Tunisie", a indiqué l'Élysée.

"Le gouvernement tunisien veut profiter de cette visite pour trouver une solution à la dette de la Tunisie envers la France", a de son côté affirmé le quotidien Assabah, évoquant la conversion de 30 millions d’euros de dettes en projets d'investissements --un montant que Paris n'a pas confirmé.

L'encours de la dette publique tunisienne envers la France s'élevait à 2,380 milliards de dinars, soit environ 800 millions d'euros (au 31 décembre 2016), selon Tunis.

- Relation prioritaire -

Un accord sera également signé pour mieux collaborer dans la lutte antiterroriste, alors que l'état d'urgence reste en vigueur en Tunisie deux ans après avoir été instauré dans le sillage d'attentats jihadistes sanglants, dont celui du musée du Bardo, où se rendra le président français.

Mais Emmanuel Macron entend placer sa visite sous le signe de l'optimisme.

Il s'agit d'"apporter son soutien à l'expérience démocratique tunisienne, qui est la seule expérience de transition réussie après les Printemps arabes" de 2011, fait valoir l'Élysée.

Le chef de l'État le fera en particulier en s'adressant jeudi aux députés à l'Assemblée des représentants du peuple (ARP) et en rencontrant des responsables de la dynamique société civile.

"La relation avec la Tunisie est prioritaire", avait-t-il déclaré en recevant son homologue Béji Caïd Essebsi, 91 ans, en décembre à l'Élysée. Mais, au-delà des mots, les Tunisiens réclament surtout des gestes concrets de la part de l'ancienne puissance coloniale.

"Ils n'attendent plus grand-chose des promesses de soutien des responsables étrangers et n'y croient qu'à moitié", souligne le politologue Selim Kharrat. "En 2011, on nous avait promis un +plan Marshall+ et des aides exceptionnelles qui ne sont jamais venues. Plus récemment, beaucoup de promesses ont été faites dans le cadre du sommet (pour l'investissement) Tunisie 2020, mais on voit que c’est rarement suivi par des faits palpables", selon lui.

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