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Macron veut faire de l'Inde un "partenaire stratégique"

Emmanuel Macron a multiplié samedi à New Delhi les gestes et les déclarations d'amitié envers l'Inde, avec l'ambition de faire de la France la "porte d'entrée" du géant de l'Asie du Sud en Europe.

"Le sens de cette visite est de faire de l'Inde notre premier partenaire stratégique de la région, et que la France devienne votre premier partenaire stratégique en Europe, et plus largement en Occident", a lancé samedi le président français au Premier ministre Narendra Modi, qu'il rencontrera à de multiples reprises au cours des trois jours de son déplacement.

Malgré toutes leurs différences, l'Inde et la France "ont les mêmes intérêts et la même vision du monde", a assuré le chef de l'État français, qui ne cache pas son ambition de profiter du Brexit pour remplacer la Grande-Bretagne comme partenaire privilégié de New Delhi en Europe.

En attendant, Paris a engrangé quelques nouveaux contrats économiques, dont le plus important s'élève à 10 milliards d'euros en faveur du groupe aéronautique Safran (via sa coentreprise avec General Electric, CFM) et de ses partenaires pour la fourniture et la maintenance de moteurs d'avions à la compagnie aérienne à bas prix indienne SpiceJet.

Après la vente de 36 Rafale en 2016, aucun nouveau contrat n'a été annoncé dans la défense, où la France espère vendre de nouveaux avions de chasse et des sous-marins à l'Inde, devenu le premier acheteur d'armements dans le monde. Le gouvernement indien "a confirmé des commandes à venir de Rafale", a assuré M. Macron à des journalistes.

La délégation française s'est félicité d'une "avancée majeure" du projet d'une centrale nucléaire de six réacteurs de type EPR à Jaitapur, sur la côte sud-ouest de l'Inde. "Nous espérons une signature définitive d'accord avant la fin de l'année" pour ce dossier en négociation depuis une décennie, a indiqué l'Élysée.

Une série d'autres partenariats, contrats et protocoles d'accords ont été conclus dans une large diversité de secteurs, dont ceux des transports et des énergies renouvelables.

La marge de progression est importante pour la France, historiquement peu influente en Inde. Les échanges indo-français n'atteignent que 11 milliards de dollars contre 18 milliards pour ceux entre la France et la Chine, l'autre géant asiatique, où M. Macron s'est rendu en janvier.

- Accord dans l'océan Indien -

Sur le plan de la sécurité, la France et l'Inde ont signé un accord de coopération logistique dans l'océan Indien, qui permet aux forces armées indiennes d'accéder aux bases maritimes françaises (Djibouti, Emirats, Réunion), et vice versa. La France possède la plus large zone économique exclusive (9,1 millions de km2 dans la zone indo-pacifique) de ces mers en raison de ses territoires, parfois très isolés.

Quant à l'Inde, cet accord s'inscrit dans le cadre de sa politique de renforcement dans cette zone maritime stratégique, où la tracasse l'implication grandissante de la Chine.

"Nous croyons tous deux dans la paix et la stabilité du monde. La région de l'océan Indien va jouer un rôle très significatif", a déclaré Narendra Modi lors d'une allocution conjointe. Dans ce cadre, "nous considérons la France comme un de nos alliés les plus fiables", a-t-il ajouté.

"L'Inde a peur d'une hégémonie chinoise et a besoin d'une vraie sécurité", a analysé pour sa part Emmanuel Macron devant la presse.

Dans l'après-midi, le président français a tombé la veste et relevé ses manches pour s'adresser à 300 jeunes Indiens, à l'image de sa longue discussion avec de jeunes Africains à Ouagadougou en novembre.

Face à un auditoire très sérieux, il a appelé les jeunes à "inventer l'avenir" car "notre environnement actuel n'est pas soutenable". "Please, just do it!" ("S'il vous plait, faites-le"), a-t-il conclu avant de se prêter à une séance de selfies.

Paris souhaite doubler le nombre d'étudiants indiens en France pour le porter à 10.000 "dans les deux ans".

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