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Malgré Trump, un retrait rapide des Américains de Syrie improbable

Malgré Trump, un retrait rapide des Américains de Syrie improbable
Une base militaire américaine à Asaliyah, entre Alep et Manbij, le 2 avril 2018 en SyrieDelil SOULEIMAN
Syrie

Le président américain Donald Trump a beau assurer que les Etats-Unis vont se retirer "très vite" de Syrie, la victoire que représenterait un tel retrait pour la Russie et l'Iran rend peu probable tout changement immédiat sur le terrain.

"On va quitter la Syrie très vite", "vraiment très bientôt", a dit le président américain jeudi au cours d'un discours dans l'Ohio. "On va bientôt avoir repris 100% du califat, comme ils l'appellent", a-t-il ajouté en référence aux territoires occupés de 2014 à 2017 par le groupe Etat islamique (EI) en Irak et en Syrie.

Et selon le Wall Street Journal, M. Trump a ordonné de geler plus de 200 millions de dollars de fonds destinés à la reconstruction en Syrie, une information qui n'a pas été confirmée officiellement, mais qui n'a pas non plus été démentie.

Ces propos n'avaient d'ailleurs rien d'un lapsus ou d'une erreur, ont dit des responsables à l'AFP, soulignant que depuis plusieurs semaines, le président s'élevait contre l'idée que les Etats-Unis maintiennent un engagement à long ou même à moyen terme dans l'est de la Syrie, où ils ont déployé quelque 2.000 soldats, dans le cadre de la lutte internationale contre l'EI.

Pourtant un retrait des Etats-Unis de Syrie irait à l'encontre de la stratégie de "stabilisation" des territoires libérés jusqu'à la négociation sous l'égide de l'ONU d'un règlement négocié de la guerre civile syrienne, stratégie soutenue par les Européens.

Surpris par les déclarations de Donald Trump, des diplomates européens estiment d'ailleurs que les Occidentaux ne peuvent pas partir tant que l'EI n'est pas complètement détruit et qu'une solution politique n'est pas mise en oeuvre.

Un départ précipité serait aussi contraire aux efforts menés depuis plusieurs semaines par le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, pour convaincre la Turquie d'abandonner son offensive dans le nord de la Syrie contre la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), classée "terroriste" par Ankara mais allié précieux de Washington dans la lutte contre l'EI.

- Prudence -

Les propos de M. Trump ont donc été accueillis avec prudence par le reste de l'administration, qui a appris à ne pas s'opposer frontalement à son fantasque président.

Au département d'Etat, un responsable de la diplomatie américaine a rappelé sous le couvert de l'anonymat que "les Etats-Unis travaillent quotidiennement sur le terrain, en coopération avec la communauté internationale, pour stabiliser les zones évacuées par l'EI".

Et au Pentagone, un porte-parole a souligné que la mission des militaires américains en Syrie "n'a pas changé". "Nous continuons à mettre en oeuvre la stratégie du président qui est de vaincre l'EI", a précisé le commandant Adrian Rankine-Galloway.

Le plan des Etats-Unis, annoncé en janvier par le Pentagone et officialisé par le secrétaire d'Etat Rex Tillerson, aujourd'hui débarqué, est de maintenir une présence militaire en Syrie "aussi longtemps que nécessaire" pour prévenir tout retour du groupe Etat islamique (EI) et, surtout, pour ne pas laisser en Syrie le champ libre à la Russie et à l'Iran, qui sont les principaux soutiens du pouvoir du président Bachar al-Assad et l'ont aidé à reprendre plus de la moitié du territoire syrien.

Pendant la campagne électorale, Donald Trump a fréquemment critiqué son prédécesseur Barack Obama pour le retrait "prématuré" des forces américaines d'Irak qui a permis l'expansion territoriale de l'EI.

Or "quitter la Syrie représenterait une capitulation totale des Etats-Unis face à l'influence de l'Iran dans la région", note Charles Lister, du Middle East Institute, pour qui il est "difficile de prendre totalement au sérieux" les propos du président américain.

"Je ne pense pas qu'il comprenne la situation", ajoute cet expert de l'anti-terrorisme.

Le patron de la CIA Mike Pompeo, qui doit succéder à M. Tillerson, le nouveau conseiller à la Sécurité nationale John Bolton et le ministre de la Défense Jim Mattis "peuvent lui expliquer pourquoi nous avons davantage intérêt maintenant à rester plutôt qu'à partir", poursuit-il. "Et j'ai bien l'impression qu'ils vont, au moins pour le moment, surmonter la tendance de Trump à faire les valises et partir".

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