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Mayotte: des habitants font des "rondes" pour amener des étrangers à la gendarmerie

Mayotte: des habitants font des
Des manifestants rassemblés pour protester contre l'insécurité à Mamoudzou, sur l'île de Mayotte le 13 mars 2018Ornella LAMBERTI

Un collectif des habitants du nord de Mayotte effectue des "rondes" afin "de démanteler les groupes d'étrangers, comoriens et africains", présumés en situation irrégulière, et les emmener à la gendarmerie, a déclaré samedi à l'AFP un de ses membres.

Ces opérations ont déjà visé près d'une centaine d'étrangers, selon cette source.

Le collectif, créé lundi suite à l'agression d'un villageois par des coupeurs de route, regroupe six villages du nord de l'île, explique cet habitant. "On ne veut pas d'affrontements, pas de tabassages, pas de coups", précise-t-il, affirmant qu'il n'y a pas de résistance de la part des clandestins présumés.

Les membres du collectif demanderaient à ces personnes de préparer leurs bagages dans un délai imparti puis les amèneraient à la gendarmerie la plus proche "en fourgonnette". "Nous faisons partir ceux que nous ne connaissons pas, qui n'ont pas d'attache au village", explicite le villageois, ceux mariés avec des gens de la commune étant épargnés.

"Ce genre de pratique, ça n'existe pas dans un département", a réagi la ministre des Outre-mer Annick Girardin dans une déclaration à l'AFP. "J'ai pris des engagements en matière de sécurité. Ils sont tenus comme le prouvent les opérations de ces derniers jours. J'invite les habitants à laisser les forces de l'ordre faire leur travail", a-t-elle insisté.

Des opérations de sécurisation et de contrôle des personnes en situation irrégulière ont été menées depuis deux jours par les forces de l'ordre à Mayotte, pour faire suite aux engagements de la ministre en matière de sécurité.

"La gendarmerie collabore avec nous", assure le membre du collectif, alléguant que les forces de l'ordre de la zone se seraient déjà rendues sur les lieux où vivent les clandestins présumés afin d'encadrer les actions et "qu'il n'y ait pas de débordement".

La gendarmerie a démenti formellement toute collaboration. "C'est absolument faux, on ne va pas assister les pseudo-milices qui expulsent des personnes en situation irrégulière. On agit dans un Etat de droit", a déclaré un officier responsable de la communication. Mais il a confirmé que des étrangers se "réfugiaient à la brigade en se présentant comme clandestins".

Le collectif affirment avoir également "intercepté une vedette" de migrants en situation irrégulière qui aurait accosté mercredi dans le nord et amené cinq personnes à la gendarmerie après avoir brûlé la barque. Ils auraient aussi effectué des contrôles de véhicules dans le village et travailleraient à l'identification de passeurs.

"On va continuer à faire de la prévention" dans les prochains jours, dit-il. "On attend le feu vert de la gendarmerie pour +décaser+ car il n'y a plus de place pour accueillir tout le monde à la brigade". Le membre du collectif a confirmé que des étrangers se rendaient spontanément à la gendarmerie.

Ce collectif, dans un tract diffusé sur internet montrant des individus cagoulés, explique qu'il a pour objectifs de "ratisser des zones suspectes à toutes activités illégales, monter les gardes afin d'appréhender les coupeurs de nos routes, anéantir les constructions de bangas sauvages et surveiller les entrées des kwassa-kwassa", ces petits canots utilisés par les passeurs pour l'immigration clandestine vers Mayotte depuis les autres îles de l'archipel des Comores.

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