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Meurtre d'un DJ juif : soulagement et perplexité sur la reconnaissance d'un mobile antisémite

Meurtre d'un DJ juif : soulagement et perplexité sur la reconnaissance d'un mobile antisémite
Le président Emmanuel Macron s'exprimant lors du dîner annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), à Paris le 7 mars 2018ludovic MARIN

Le meurtre en 2003 du DJ Sébastien Selam par un voisin schizophrène était-il un crime antisémite? Emmanuel Macron vient de l'affirmer, un geste salué par les institutions juives mais qui laisse perplexes les syndicats de magistrats.

Dans un courrier adressé le 22 mai au député UDI Meyer Habib, qui l'a publié dimanche dernier, le chef de l'Etat a rendu hommage à ce "jeune Français tombé sous les coups du fanatisme le plus sombre". Connu sous le nom "DJ Lam.C", il avait été tué à coups de couteau le 19 novembre 2003 à Paris par un voisin et ami d'enfance, qui a été jugé irresponsable pénalement.

"Soyez assuré que sa mémoire perdure au sein de notre communauté nationale, profondément affectée par les crimes à caractère antisémite tels que celui de Sébastien Selam", a répondu Emmanuel Macron au parlementaire, qui lui demandait de "rendre justice" au jeune homme.

Si le président, garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire aux termes de la Constitution, souligne qu'il ne lui "appartient pas de (se) prononcer sur une décision de justice", il réaffirme qu'il se tiendra "toujours aux côtés de celles et ceux qui sont visés par la violence antisémite".

L'affaire Mireille Knoll, cette octogénaire tuée en mars dans son appartement parisien, a réveillé le souvenir du meurtre de Sébastien Selam. La chaîne basée en Israël i24 News lui a consacré une enquête début avril.

L'auteur des faits, Adel Asmataibou, atteint d'une schizophrénie délirante paranoïde, avait sauvagement poignardé son voisin, dans les sous-sols de leur immeuble du Xe arrondissement. Contrôlé positif au cannabis, il s'était dit "ensorcelé" et "content" de la mort de "ce putain de juif".

En janvier 2010, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris l'avait jugé irresponsable pénalement, écartant toute perspective d'un procès. La famille avait toutefois obtenu en 2014 une réparation de la part de l'établissement psychiatrique qui avait levé l'hospitalisation d'office en septembre 2002 d'Adel Asmataibou.

Dans ce contexte, quinze ans après les faits, quelle peut être la signification de la reconnaissance au plus haut niveau de l'Etat d'un mobile antisémite? "On est vraiment ici dans la politique", estime auprès de l'AFP la présidente de l'Union syndicale des magistrats (USM, majoritaire), Virginie Duval, évoquant une "affaire terminée qui remonte à une époque où la qualification d'antisémitisme", introduite dans la loi en 2003 et 2004, "n'existait pas".

- "Reconnaissance morale" -

Mais l'USM est "moins choquée" par le courrier d'Emmanuel Macron que "par ses propos devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) quand, dans l'affaire (Sarah) Halimi, il avait jugé incompréhensible que le caractère antisémite ait mis tant de temps à être reconnu".

Lors du dîner du Crif en mars, le président s'était ému de "situations inadmissibles pour la mémoire de Mme Halimi et pour sa famille, parce que nous avons pris des mois et des mois à caractériser ce qui était une évidence pour ceux-là même qui avaient constaté le crime". En l'occurrence le mobile antisémite, retenu par la juge d'instruction près d'un an après le meurtre en avril 2017 de cette femme de 65 ans défenestrée par un voisin aux cris d'"Allah Akbar".

Concernant le meurtre du DJ, "si la personne a été déclarée totalement irresponsable, la question de la qualification des faits n'a pas un sens énorme", abonde la présidente du Syndicat de la magistrature (SM, gauche), Katia Dubreuil.

Le président du Crif, Francis Kalifat, se réjouit pour sa part du courrier présidentiel, dans lequel il voit une "reconnaissance morale" qui apporte une "consolation à la famille" du jeune DJ.

"Il était important pour nous de voir reconnaître qu'il y avait bien non pas 11 mais 12 juifs" morts en France "parce que juifs" depuis 2003, indique le responsable communautaire.

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