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Michael Cohen, le confident devenu balance

Michael Cohen, le confident devenu balance
Michael Cohen, au Congrès américain le 27 février 2019MANDEL NGAN
Russie

Il était l'avocat personnel et l'incarnation de la loyauté à Donald Trump, prêt à "prendre une balle" pour son patron. L'audition de Michael Cohen mercredi au Congrès a confirmé qu'il est maintenant le plus redouté des témoins à charge pour le président américain.

Combatif face aux partisans du président qui le traitaient de "menteur pathologique", Michael Cohen, 52 ans, a présenté Donald Trump, devant des millions de téléspectateurs, sous le jour le plus négatif possible: des paiements pour acheter le silence de deux ex-maîtresses, aux menaces envoyées aux universités qu'il a fréquentées pour empêcher la diffusion de ses résultats scolaires, jusqu'aux coulisses de la Trump Organization, où tous seraient prêts à mentir "pour protéger Trump".

Il a répété qu'il avait "honte" d'avoir longtemps menti pour protéger Trump, un "escroc" et un "raciste", qu'il a assuré connaître mieux qu'aucun des parlementaires qui le questionnaient.

"Assis ici aujourd'hui, il semble incroyable que j'aie été fasciné par Donald Trump au point de faire pour lui des choses dont je savais parfaitement qu'elles étaient répréhensibles", a-t-il déclaré.

Un mea culpa qui illustre son retournement depuis août dernier, lorsque Michael Cohen a enterré l'homme de confiance qu'il fut pendant 10 ans pour Donald Trump et sa famille.

Lui qui a connu M. Trump après avoir acheté des appartements dans ses immeubles avait pourtant gagné sa confiance grâce à une fidélité irréprochable.

Fan du magnat depuis l'adolescence, ayant lu deux fois son best-seller "The Art of the Deal", il avait été propulsé, aux côtés des enfants Trump, vice-président de la Trump Organization.

Moyennant 500.000 dollars de salaire annuel, cet amateur de belles voitures se chargeait des sales besognes. Comme menacer les journalistes qui s'intéressaient aux côtés sombres du milliardaire devenu vedette de téléréalité.

- "Pitbull" -

"Si quelqu'un fait quelque chose qui ne plaît pas à Trump", disait-il en 2011 à la télévision, "je vais vous attraper, vous saisir au collet, et je ne vous lâcherai plus tant que je n'aurai pas fini".

Ce dévouement vaudra à Michael Cohen le sobriquet de "pitbull" de M. Trump.

D'autant que ce fils d'une infirmière et d'un médecin d'origine polonaise rescapé de l'Holocauste, originaire, comme son ancien patron, du quartier new-yorkais du Queens, fricotait déjà avec les affaires louches.

Au sortir de la faculté de droit de Lansing (Michigan), il rejoint les avocats "chasseurs d'ambulance", prompts à proposer leurs services aux accidentés.

Il défendra ainsi une femme impliquée dans une arnaque à l'assurance fondée sur un faux accident de la route.

Avec son épouse d'origine ukrainienne, il investit dans des licences de taxi, à New York et à Chicago, à l'ère "pré-Uber" où leur valeur grimpait et où le milieu des taxis jaunes sentait la mafia. Il avouera avoir dissimulé au fisc quelque 4 millions de dollars liés aux taxis.

Au service de Donald Trump, il intervient pour faire taire deux femmes, l'actrice de films X Stormy Daniels et l'ex-Playmate Karen McDougal, qui menaçaient, pendant la campagne présidentielle 2016, de révéler leur liaison supposée avec le milliardaire.

Mais après la perquisition de ses bureaux et de son domicile en avril dernier, ce père de deux enfants étudiants, confronté à des frais d'avocats colossaux que personne dans l'entourage de M. Trump ne propose de payer pour lui, amorce son retournement.

- Aveux compromettants -

En août, il avoue avoir payé 280.000 dollars aux deux femmes pour leur silence, en violation des lois sur le financement des campagnes électorales, qui interdisent à un individu de contribuer à plus de 2.700 dollars à une campagne.

Surtout, il affirme avoir fait ces paiements "à la demande" du président.

Michael Cohen devient aussi témoin-clé dans l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur une éventuelle collusion entre l'équipe Trump et la Russie pendant la campagne présidentielle de 2016.

Il reconnaît en novembre que ses contacts avec Moscou pour promouvoir un projet de "tour Trump" se sont poursuivis très tard dans la campagne, contrairement à ce qu'il avait affirmé au Congrès.

Ces aveux, qui ont valu à Michael Cohen une peine de trois ans de prison, ont touché au coeur le président américain, qui l'a traité en retour de "menteur" et de "rat".

Et ce n'est peut-être pas fini: Michael Cohen a indiqué mercredi qu'il continuait à collaborer avec les enquêteurs fédéraux sur de possibles délits impliquant le président.

Désormais radié du barreau new-yorkais, il a intérêt à lâcher tout ce qu'il peut avant son incarcération le 6 mai: tout nouvel élément utile aux enquêteurs pourrait encore lui valoir une réduction de peine, comme il l'a reconnu mercredi.

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