En ce moment
 

Migrants: "les pieds durcis et le coeur attendri", la marche solidaire arrive à Paris

Migrants:
Capture d'écran d'une vidéo de l'AFPTV du 15 juin 2018 sur la marche solidaire à Melun près de ParisAgnes Coudurier

"On a les pieds qui ont durci et le cœur qui s'est attendri !": un mois et demi après son départ de Vintimille, la "marche solidaire et citoyenne" de soutien aux migrants s'apprête à faire étape à Paris, avant une arrivée à Calais prévue début juillet.

Il est neuf heures et la quarantaine de marcheurs présents pour l'étape Melun-Paris finit d'avaler un café, près des tentes de camping encore dressées. "C'est quoi le programme ? Qui prend les drapeaux ? Il y a combien de kilomètres ?"

Le but de cette marche de 1.400 kilomètres, qui relie la frontière franco-italienne à la franco-britannique (avec une poussée prévue, en transports jusqu'à Londres) est simple: "Protester contre le blocage des frontières, contre le délit de solidarité et plaider pour un accueil véritable de migrants", explique François Guennoc, de l'Auberge des migrants, l'association qui organise la marche.

Sur les participants, seuls "une dizaine font la totalité du parcours", ajoute-t-il: "entre 10 et 30 font deux ou plusieurs étapes, et pas mal viennent juste à la journée".

Il y a là Ali, un réfugié iranien passé par la "Jungle" de Calais et aujourd’hui étudiant en cinéma, qui compte bien faire l'intégralité du parcours, Véronique, jeune retraitée que le délit de solidarité "scandalise", ou encore Chris, venue pour une journée de Paris dire que "si on n'arrive pas à accueillir décemment, c'est une part de notre humanité qu'on perd".

Dans les rues du lotissement pavillonnaire, le défilé, avec ses bannières et ses slogans bon enfant, ne passe pas inaperçu. "Pourquoi ils marchent pour les réfugiés eux ?", lance une automobiliste bloquée au passage piéton, tandis qu'un autre s'éloigne avec un "bon courage !" sonore.

Le cortège passe chaque soir par des villes étapes où associations et bénévoles d'aide aux migrants accueillent, nourrissent et parfois logent chez eux les randonneurs. Discussions, ateliers et rencontres sont aussi au programme: "c'est agréable de voir cette solidarité sur le terrain", explique Malika.

Devant un ruisseau qui coupe le sentier, alors que le groupe s'enfonce dans la forêt de Morsang-sur-Seine, certains se déchaussent, et Rudy fait passer sur son dos le gué aux moins aventureux.

- "Marche des Beurs" -

"J'étais parti en vélo pour Dunkerque avec mon chien et puis j'ai croisé la marche il y a une semaine, j'ai trouvé la démarche super humaine, c'est ce qui manque dans ce monde", explique le jeune homme de 27 ans, tongs aux pieds, qui se présente lui-même comme "routard" et compte aller jusqu'à Calais.

Si 2.000 personnes ont rejoint les marcheurs à Marseille, leur passage a aussi, à trois reprises, été accueilli par un comité Front national. "A Orange on a essayé de discuter avec eux mais ils n'avaient ni l'intention de discuter, ni de nous agresser d'ailleurs", raconte M. Guennoc.

A l'heure du déjeuner, la camionnette de ravitaillement est accueillie par des applaudissements. Mehdi s'installe un peu à l'écart: il fait le ramadan. L'étudiant de 19 ans qui entre en 3e année d'économie à Dauphine a pourtant tenu à être là, malgré les perturbations SNCF qui lui ont demandé trois heures pour venir de Cergy.

"Ca rappelle la marche des beurs, mon père y a participé (en 1983, NDLR) et c'est un moment que j'aurais aimé vivre", dit-il, conscient que cette marche-ci "n'aura pas forcément autant d'importance". Mais "avec la loi asile-immigration et ce qui se passe dans l'actualité, c'est indispensable de se mobiliser et d'agir à notre échelle", dit-il.

Le cas de l'Aquarius, notamment, suscite une indignation généralisée. "On veut avoir honte dans quelques années ? On a oublié l'histoire" ?, s'interroge Leila, une bibliothécaire installée au Canada.

L'arrivée à Paris, dimanche, sera l'occasion d'un programme étoffé: défilé dimanche en présence de personnalités (Lilian Thuram, Yann Moix...), manifestation mardi devant le Sénat contre le projet de loi asile-immigration, animations mercredi lors de la journée mondiale du réfugié...

"Ca va changer de dimension", promet Maya, qui co-organise la marche.

Vos commentaires