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Nouvelle poussée de fièvre entre Rome et Paris sur les migrants

Nouvelle poussée de fièvre entre Rome et Paris sur les migrants
Le ministre italien de l'Intérieur Matteo Salvini le 9 octobre 2018 à Décines, près de LyonJEFF PACHOUD
Italie

L'incursion de la gendarmerie française pour déposer des migrants en Italie provoque une nouvelle poussée de fièvre entre l'Italien Matteo Salvini, vent debout face à "une offense sans précédent" et Paris qui dénonce une "instrumentalisation politique individuelle".

Vendredi matin, dans le cadre d'une mission de reconduite à la frontière, une fourgonnette de la gendarmerie française a franchi la frontière pour déposer des personnes en situation irrégulière à Clavière.

La préfecture des Hautes-Alpes, département français concerné à la frontière italienne, a évoqué lundi un "incident" dont les circonstances doivent encore être éclaircies.

"C'est une erreur d'être passé en territoire italien sans autorisation de la police italienne. Les gendarmes n'avaient pas vocation à entrer sur le territoire italien", a expliqué à l'AFP Cécile Bigot-Dekeyzer, préfète des Hautes-Alpes.

Mais pour M. Salvini, ministre de l'Intérieur et patron de la Ligue (extrême droite) qui avait dénoncé l'affaire dans un tweet lundi, "abandonner des immigrés dans un bois italien ne peut pas être considéré comme une erreur ou un incident".

"Ce qui s'est passé à Clavière est une offense sans précédent à l'encontre de notre pays", a insisté mardi l'homme fort du gouvernement italien. "Nous sommes face à une honte internationale, et Monsieur (le président français Emmanuel) Macron ne peut pas faire semblant de rien. Nous n'acceptons pas d'excuses".

"Il faut relativiser les choses", a réagi mardi la présidence française devant la presse. "C'est une erreur, la préfecture l'a reconnu. Il y a eu une incursion, pas prévue ni conforme aux consignes, en territoire italien, où deux personnes ont été déposées".

L'entourage d'Emmanuel Macron a dénoncé "une instrumentalisation politique, essentiellement individuelle" menée par M. Salvini.

Mais le chef du gouvernement "Giuseppe Conte n'a pas fait de cet incident le témoignage d'une crise", a souligné Paris. De fait, les alliés gouvernementaux de M. Salvini sont restés discrets sur le sujet.

Le ministère italien des Affaires étrangères, sommé par M. Salvini de convoquer une nouvelle fois l'ambassadeur de France, s'est contenté d'un court communiqué demandant des explications.

"Nous gérons ensemble une frontière commune et il y a ponctuellement, des deux côtés, de petits incidents regrettables. Dont acte", a conclut la présidence française.

Chaque année, des milliers de migrants cherchant à passer en France sont interceptés et reconduits à la frontière italienne. L'AFP a constaté l'hiver dernier que nombre d'entre eux étaient déposés directement par une fourgonnette de la police française devant la gare de Bardonecchia, en Italie.

Selon la presse italienne, le parquet de Turin (nord-ouest) a ouvert une enquête sur l'incident de vendredi mais aussi sur un contrôle mené début août, également en territoire italien à Clavière, par quatre hommes armés et vraisemblablement français sur deux Italiens.

Les relations entre Rome et Paris se sont tendues ces derniers mois. L'Italie accuse ses partenaires européens, à commencer par la France, de l'avoir laissée seule gérer la crise migratoire et les quelque 700.000 migrants arrivés sur ses côtes depuis 2013.

En mars, un contrôle opéré par des douaniers français dans la gare de Bardonecchia avait provoqué un autre incident entre les deux pays. Une partie de la classe politique italienne s'était enflammée et l'ambassadeur de France à Rome avait été convoqué au ministère.

Il l'a été une autre fois en juin après des critiques de M. Macron sur le refus de l'Italie d'accueillir le navire humanitaire Aquarius.

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