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Moins de violence mais plus de vols: le casse-tête des mineurs délinquants venus du Maghreb

Moins de violence mais plus de vols: le casse-tête des mineurs délinquants venus du Maghreb
Des migrants dans le XVIIIe à Paris en octobre 2017 JOEL SAGET

Ils ciblent les petits commerces de banlieue la nuit, repartent avec des butins dérisoires ou sont arrêtés mais, au final, échappent à tout contrôle et récidivent: des mineurs isolés originaires du Maghreb posent un problème récurrent aux autorités en Ile-de-France.

Depuis le 1er janvier, la justice a recensé "plus de 2.000" interpellations de mineurs non accompagnés (MNA) dans la capitale, pour la plupart d'origine algérienne ou marocaine.

Leur identification est cependant rendue complexe par leurs déclarations fluctuantes concernant leur identité, leur âge, leur nationalité et par leur refus fréquent de donner leurs empreintes digitales, explique Aude Groualle, chef de la section des mineurs du parquet de Paris.

Selon un décompte de la mairie de Paris, ces mineurs seraient une quarantaine à errer dans le quartier populaire de la Goutte d'Or, dans le XVIIIe arrondissement. D'autres squattent dans le IXe arrondissement ou dans la petite couronne.

La visibilité de ces jeunes délinquants s'est accrue depuis 2016. D'abord auteurs de vols à la tire, souvent violents, dans Paris, ils ont peu à peu migré vers la périphérie et sont passés aux cambriolages.

"Ils ont compris que la violence était contre-productive", explique Paul-José Valette, chef de la Sûreté départementale des Yvelines, l'un des départements franciliens les plus touchés par cette délinquance. Pour un délit commis sans violence, un mineur sera moins fortement réprimé et sortira donc plus rapidement des radars des autorités, souligne le commissaire.

Dans son département, depuis janvier, une soixantaine de vols par effraction impliquant des MNA ont été recensés en zone police, visant notamment des pharmacies. Même phénomène en zone gendarmerie où une vingtaine de mineurs, âgés de 9 à 16 ans, ont été interpellés.

Dans le Val-d'Oise, sur les huit premiers mois de l'année, le nombre de ces cambriolages a aussi "pratiquement triplé" comparé à la même période en 2018, selon une source policière.

Aucune statistique unifiée n'est cependant disponible à l'échelon régional.

- Législation "inadaptée" -

Le modus operandi ne varie guère: ils arrivent souvent en bande dans une commune desservie par le réseau ferré, ciblent des commerces proches de la gare ou des maisons ou véhicules aux propriétaires absents.

Après avoir fracturé le rideau de fer des commerces, ils forcent une issue, font main basse sur les espèces, souvent des sommes dérisoires, et repartent quand ils ne sont pas arrêtés en flagrant délit.

"Ils ne sont pas discrets, note une source policière en Essonne. Ils savent qu'ils ne risquent rien, la législation est totalement inadaptée."

En effet, une fois arrêtés, ils sont remis au parquet des mineurs qui statue sur leur sort. Les moins de 16 ans ne peuvent être placés en détention provisoire. Le juge doit alors les remettre à l'Aide sociale à l'enfance qui les place en foyer ou à l'hôtel. Mais ils fuguent souvent au bout de quelques heures.

Interrogés, des pharmaciens victimes de ces méfaits se montrent philosophes mais d'autres ne cachent pas être "agacés", comme Frédérique Sarran dont l'officine à Chaville (Hauts-de-Seine) a été visitée deux fois cet été. "C'est notre outil de travail et eux, en toute impunité, ils viennent et se servent", déplore-t-elle.

S'ils cambriolent souvent des pharmacies, les MNA ne volent que rarement des médicaments ou ceux classés comme stupéfiants, constatent plusieurs enquêteurs.

Pourtant, affirme Nordine Djoulaït, éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse dans les Hauts-de-Seine, "la plupart sont drogués, surtout au Rivotril", un antiépileptique.

De manière générale, ils sont en mauvaise santé, "très abîmés", constate-t-il. Beaucoup se disent orphelins et parlent de "leurs angoisses" mais ils ne "nous donnent pas les moyens de les aider", déplore l'éducateur.

A Paris, c'est "un gros sujet", relève Dominique Versini, adjointe en charge de l'Exclusion à la mairie. Le Centre d'action sociale protestante a été missionné et organise des maraudes, mais "ils refusent toute prise en charge", confirme-t-elle. Le parquet des mineurs parisien corrobore: "ils n'adhèrent généralement pas aux mesures de protection et d'assistance éducative", selon Mme Groualle.

- "Afflux massif" -

Impossible de savoir comment ces mineurs sont arrivés en France. Emmanuel Macron a récemment parlé de "réseaux, de gens qui manipulent", en évoquant le sujet lors d'une réunion avec des ministres et des parlementaires.

A Paris, les investigations n'ont pour l'heure "pas permis d'établir" l'existence de réseaux de traite d'êtres humains, précise Mme Groualle. Un "afflux massif" est perceptible "depuis janvier" et "ne semble pas faiblir", mais ces arrivées ne s'expliquent a priori que par le "contexte politique et économique" dans les pays d'origine, ajoute-t-elle.

Les MNA étant inexpulsables jusqu'à leur majorité, seul un retour volontaire dans leur pays pourrait être envisagé. Mais ils ne sont "pas demandeurs", note la magistrate.

"La gestion de ce phénomène ne peut se faire qu'en collaboration avec les pays dont ils sont originaires, mais c'est compliqué", concède le commissaire Paul-José Valette.

La police marocaine est venue aussi à Paris pour collaborer, souligne Mme Versini. "Parce qu'au Maroc, les gamins savent dessiner le quartier de la Goutte d'or et expliquer quel genre de trafic se fait dans telle ou telle rue."

cal-sha-sab-mdh/epe-jt/sp

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