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Morales, le plus ancien président d'Amérique latine à la réélection contestée

Evo Morales, réélu jeudi jusqu'en 2025, est le plus ancien président d'Amérique latine en exercice, mais ses succès durant ses 13 années à la tête de la Bolivie pourraient être assombris par un scrutin contesté par l'opposition et la communauté internationale.

Selon les résultats quasi complets communiqués par l'autorité électorale, le chef de l'Etat socialiste, qui ne met jamais de cravate, est arrivé en tête du scrutin, devant le centriste Carlos Mesa avec un écart supérieur aux dix points de pourcentage nécessaires pour s'imposer dès le premier tour.

Mais le dépouillement, jugé "surprenant" par la communauté internationale, a soulevé "l'inquiétude" de l'OEA (Organisation des Etats Américains), des Etats-Unis et de l'Union européenne, qui appellent à la tenue d'un second tour. Ce décompte a également jeté dans la rue des milliers de Boliviens qui dénonce une "fraude" électorale.

Lorsqu'il accède au pouvoir 2006, Evo Morales est alors le premier chef d'Etat indigène du pays. A bientôt 60 ans, qu'il fêtera samedi, il est désormais un des derniers représentants de la "vague rose" qui a déferlé au tournant des années 2000 sur la région.

Depuis, la gauche a été défaite au Brésil, en Argentine, au Chili, en Equateur. Quant au Venezuela, pays avec lequel le président bolivien entretient d'étroites relations, il traverse la pire crise politique et économique de son histoire récente.

Mais "la Bolivie est différente, nous allons bien", répète Evo Morales comme un mantra, repris en choeur par ses partisans du Mouvement vers le socialisme (MAS).

Cet ancien berger de lamas, né le 26 octobre 1959 dans un village miséreux de la région d'Oruro (centre), peut effectivement se targuer de nombreux succès économiques: maintien d'une croissance élevée, forte réduction de la pauvreté, niveau record de réserves en devises.

Le pays a aussi multiplié les accords d'investissement internationaux pour l'exploitation du gaz naturel et surtout du lithium, dont il espère devenir le quatrième producteur mondial d'ici 2021.

Mais ses adversaires dénoncent le caractère têtu de l'ancien leader syndical des producteurs de coca, qui l'empêche de reconnaître ses erreurs. Ses détracteurs l'accusent d'avoir instauré un gouvernement antidémocratique et d'avoir abandonné les valeurs qu'il a longtemps symbolisées, notamment la défense de l'environnement et des indigènes, faisant pâlir son étoile.

- "Frère président" -

Réélu en 2009, Evo Morales a remporté en 2014 un troisième mandat, grâce à une interprétation contestée de la Constitution, qui ne permettait pourtant que deux mandats consécutifs. La Cour constitutionnelle avait alors estimé qu'il s'agissait de sa première réélection, la Constitution ayant été modifiée en 2009.

Une partie des Boliviens ne lui pardonnent pas d'avoir brigué un quatrième mandat, alors que les électeurs s'étaient prononcés contre à l'occasion d'un référendum en 2016. Il est passé outre le "non" des Boliviens grâce à une décision très contestée de la Cour constitutionnelle. Motif avancé par les magistrats: sa candidature relevait de son "droit humain".

Mi-octobre à Santa Cruz (est), dans la région agricole du pays, une marche indigène a crié sa colère contre la politique environnementale de Morales.

Les gigantesques incendies qui ont ravagé en août et septembre une zone presque de la taille de la Suisse ont provoqué l'indignation des peuples indigènes qui accusent Evo Morales d'avoir sacrifié la Pachamama, la Terre mère en langue quechua, pour étendre les terres cultivables et produire davantage de viande pour l'exporter vers la Chine.

"Nous ne le considérons pas comme un indigène, mais comme un colon de coca (de la région) du Chaparé, car il ne parle pas aymara, ni quechua", lançait Juan Jaita Aro, indigène originaire du département de Potosi (sud-ouest), chapeau de paille et poncho traditionnel rouge à rayures.

Pourtant, le "frère président", comme l'appelle son entourage, est convaincu d'oeuvrer tous les jours pour le bien de son peuple.

"Ma famille, c'est le peuple et la Bolivie ma vie", confiait en 2015, dans un documentaire pour une chaîne espagnole, celui qui commence ses journées aux aurores.

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