Mourad Farès, ancienne figure du recrutement de jihadistes francophones, bientôt face à ses juges

Mourad Farès, ancienne figure du recrutement de jihadistes francophones, bientôt face à ses juges
Mourad Farès, l'un des principaux rabatteurs français pour la Syrie, sera jugé aux assisesJACQUES DEMARTHON

Il fut l'un des principaux rabatteurs français pour la Syrie mais les juges antiterroristes l'accusent aussi d'y avoir dirigé un groupe de jihadistes francophones: Mourad Farès sera jugé aux assises.

Originaire de Haute-Savoie, cet homme de 34 ans avait été arrêté à l'été 2014 en Turquie et remis à la France. Très actif sur les réseaux sociaux, il y faisait la propagande du jihad en Syrie et appelait les musulmans français à le rejoindre.

Son nom est apparu, de façon plus ou moins directe, au cours de nombreux procès de filières de recrutement ces dernières années, notamment durant celui emblématique concernant Lunel, petite ville de l'Hérault qui avait vu une vingtaine de ses jeunes partir pour le jihad en Syrie.

Le lien de Mourad Farès avec la filière était toutefois ténu, se limitant à des contacts d'un de ses proches avec Hamza Mosli. Ce dernier, condamné en 2018 à sept ans de prison, avait joué un rôle moteur dans la décision de certains jihadistes de partir.

Dans leur ordonnance de mise en accusation rendue l'été dernier, les juges d'instruction antiterroristes relèvent que l'enquête a mis en relief que Mourad Farès avait pris part à l'organisation de plusieurs réunion évoquant des départs vers la Syrie, de la fin 2012 à la mi-2013, par exemple à Paris, Nice, Roubaix et Lyon, selon une source proche du dossier.

Cette ordonnance est devenue définitive après le rejet, le 13 mars, d'un pourvoi en cassation de Mourad Farès.

Parti en Syrie à l'été 2013, ce dernier avait préalablement reçu plusieurs virements bancaires, dont les magistrats pensent qu'ils auraient pu servir à financer son voyage, en voiture depuis Grenoble, en compagnie de trois comparses. Lui les a justifiés en invoquant des collectes sur internet pour des personnes dans le besoin, sans pouvoir indiquer d'éventuels bénéficiaires, en dehors d'un nom.

- "Posture de repenti" -

Au cours de leurs investigations, les juges ont pu retracer l'évolution de Mourad Farès en Syrie, où il a reconnu être d'abord allé à Alep, au quartier général de l'organisation État islamique (EI).

Même s'il a admis avoir reçu une formation sur le fonctionnement des armes de guerre, il a en revanche nié toute participation à des combats, limitant son rôle à des surveillances.

Il a également affirmé aux enquêteurs s'être ensuite désolidarisé de l'EI, selon la source proche du dossier, ce que "semblent confirmer" des échanges électroniques versés au dossier, d'après les juges d'instruction.

Avec d'autres francophones, il a ensuite intégré fin 2013 le groupe d'Oumar Diaby, également connu sous le nom d'Omar Omsen, un autre important recruteur de jihadistes, en train de se constituer dans le pays.

Plusieurs témoins de cette période, interpellés à leur retour en France, ont décrit Mourad Farès comme celui qui dirigeait le groupe, en l'absence d'Oumar Diaby, parti au Sénégal.

Si Mourad Farès nie toute fonction de dirigeant, une écoute téléphonique de février 2014 lors d'un appel entre lui et sa mère laisse penser le contraire aux enquêteurs. Il s'y vanta notamment d'être "un émir" et de "commander", selon la source proche du dossier.

Farès dit avoir ensuite quitté ce groupe de jihadistes au retour d'Oumar Diaby du Sénégal en mars 2014, pour cause de désaccord sur son affiliation à l'organisation jihadiste Front al-Nosra. S'il est acquis qu'il a quitté la Syrie en juillet 2014, les investigations n'ont pas permis d'établir avec certitudes ses activités durant ces quatre mois.

Incarcéré en France depuis septembre 2014, Mourad Farès n'aurait pas montré de persistance de velléités jihadistes, selon la source proche du dossier. Il aurait, au contraire, adopté "une posture de repenti" pour l’administration pénitentiaire, a-t-elle ajouté.

Devant la cour d'assises spécialement composée, il doit être jugé aux côtés d'Ale Eddine Benali, un homme de 24 ans actuellement placé sous contrôle judiciaire et accusé d'avoir tenté -sans succès, de rejoindre la Syrie en 2013.

Dans cette procédure, une vingtaine d'autres suspects - dont plusieurs sont réputés morts mais sans confirmation définitive - font aussi l'objet d'un mandat d'arrêt, dont certains sont déjà apparus dans des enquêtes sur d'autres filières comme celle de Lunel.

Joint par l'AFP, l'avocat de Mourad Farès n'a pas souhaité réagir.

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