Neyret: peines aggravées requises mais pas de retour en prison demandé

Neyret: peines aggravées requises mais pas de retour en prison demandé
Michel Neyret quitte la cour d'appel de Paris, le 4 avril 2018JACQUES DEMARTHON

Pour l'accusation, Michel Neyret est devenu "un anti-modèle" pour les jeunes policiers: une peine aggravée, mais sans retour en prison, a été requise mardi en appel contre la star déchue de l'antigang lyonnais, jugée pour corruption.

Quatre ans de prison dont 18 mois avec sursis, une peine identique à celle requise en première instance, ont été demandés par l'avocat général qui a également réclamé 15.000 euros d'amende et cinq ans d'interdiction des droits civil, civique et de famille.

Le prévenu ayant déjà effectué 8 mois de détention provisoire, il pourra bénéficier, si la cour d'appel suit le ministère public, d'un aménagement de peine qui lui évitera de retourner en prison.

La justice reproche à Michel Neyret d'avoir fourni des informations confidentielles à des membres du milieu Lyonnais, présentés comme des "indics", en échange d'avantages, de cadeaux et d'argent liquide, et d'avoir prélevé sa dîme sur une saisie de stupéfiants pour rétribuer des informateurs.

Poursuivi pour huit délits, dont corruption et trafic d'influence passives, détournements de scellés de stupéfiants et association de malfaiteurs, il encourt dix ans de prison.

En première instance, l'ancien numéro 2 de la PJ de Lyon avait été condamné à deux ans et demi de prison ferme.

Pour l'avocat général, Jean-Christophe Muller, "Michel Neyret a (dans cette affaire) non seulement brisé sa vie et sa carrière mais aussi abîmé l'image de la police" et "créé une sorte d'anti-modèle pour les jeunes générations de fonctionnaires".

Après 32 ans de carrière, Neyret, adulé par ses équipes et ses supérieurs et décoré de la Légion d'honneur pour ses résultats, était une légende au moment de sa chute.

- "au temps de Vidocq" -

A l'audience, l'ancien policier aujourd'hui à la retraite a reconnu "un aveuglement" dans la gestion de ces "indics", tout en défendant sa méthode pour réaliser de belles affaire dans le milieu du grand banditisme.

Mais pour l'avocat général, le prévenu, dont le parcours suscite "tristesse, déception et affliction", est avant tout un policier ayant "une conception dévoyée de sa mission, un égocentrique marqué par une complaisance envers lui-même".

"Oui, a reconnu le magistrat, il est normal d'avoir recours à des +indics+ mais qu'on ne vienne pas me dire qu'on est encore au temps de Vidocq" (ancien bagnard du 19e siècle devenu chef de la sûreté). Pour Jean-Christophe Muller, la loi a su depuis longtemps tirer les conséquence de l'existence de "zones grises" et "encadrer cette pratique pour mettre fin aux dérives".

Rappelant les nombreux cadeaux reçus par Neyret de ses indics, comme une montre de luxe, des voyages au Maroc, des séjours dans des hôtels et une villa, l'utilisation de voitures de sport mais aussi le versement d'argent liquide - 1.000 euros par semaine, selon un "indic" -, le magistrat a estimé que la corruption du policier n'était qu'à son début.

"Il était sur une logique que rien n'arrêtait (...) une pente ascensionnelle", a-t-il lancé, citant une déclaration de sa femme qui le disait "obnubilé par le fric, le fric, le fric".

Évoquant la création en Suisse avec son épouse et un "indic", Stéphane Alzraa, d'une société panaméenne adossée sur des comptes ouverts à Dubaï, le magistrat a dénoncé une "industrialisation et une bancarisation de sa corruption". "Le but était de placer l'argent, plus de le claquer", a-t-il dit.

Concernant les autres prévenus qui comparaissent aux côtés de Michel Neyret, l'avocat général a réclamé une peine de 8 mois avec sursis à l'encontre du commandant Gilles Guillotin, mais n'a pas requis de peine contre le commissaire Christophe Gavart, jugeant sa "situation différente".

La justice reproche aux deux fonctionnaires, en poste à l'antenne de la PJ de Grenoble à l'époque des faits, d'avoir détourné des scellés de drogue pour leur patron. Ils avaient été relaxés en première instance.

Le représentant du ministère public a enfin requis 3 ans de prison et 250.000 euros d'amende à l'encontre de Stéphane Alzraa, l'un des corrupteurs présumés de Michel Neyret actuellement détenu en Israël pour d'autres dossiers.

Le jugement sera mis en délibéré.

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