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Nicaragua: Alex Vanegas, 62 ans, une victime parmi d'autres des représailles contre les manifestants

Nicaragua: Alex Vanegas, 62 ans, une victime parmi d'autres des représailles contre les manifestants
Alex Vanegas, un marathonien de 62 ans, lors d'une manifestation contre le gouvernement du président Ortega, le 9 septembre 2018 à Managua, au NicaraguaInti OCON

Les policiers "m'ont jeté" dans leur véhicule "comme si j'étais un sac de patates", s'indigne Alex Vanegas, un sexagénaire qui n'a manqué, depuis cinq mois, aucune des manifestations contre le président Daniel Ortega à Managua.

Marathonien âgé de 62 ans, Alex a pris l'habitude de courir en brandissant un drapeau et un panneau réclamant "liberté" et justice, pour les plus de 320 morts qui endeuillent le Nicaragua depuis le début des manifestations contre le régime, en avril dernier.

Un jour, une vingtaine de policiers lui sont tombés dessus pendant sa course de protestation. "Ils m'ont frappé comme ils le font avec beaucoup de personnes qu'ils arrêtent" parce qu'elles manifestent, raconte-t-il à l'AFP.

Une fois dans la voiture: direction la prison d'El Chipote, de sinistre réputation. Cette geôle de Managua est considérée par plusieurs organisations de défense des droits de l'homme comme un centre de tortures.

Durant le trajet, les policiers ont ensuite menacé M. Vanegas de le faire disparaître, en le jetant dans le cratère d'un volcan ou dans une lagune, une pierre attachée aux pieds, assure-t-il.

Pour Azahalea Solis, déléguée de l'opposition pour le dialogue national avec le gouvernement, les forces de l'ordre recourent à ce type d'arrestations pour "éviter une escalade" encore plus forte des protestations. Mais après chaque arrestation, "de nouveaux leaders" apparaissent dans la rue, affirme Sebastian Chamorro, représentant des entreprises pour le dialogue national.

Au moins 500 Nicaraguayens sont actuellement derrière des barreaux pour avoir dirigé, soutenu ou participé aux manifestations. Trois cents d'entre eux sont même accusés de "terrorisme" ou d'autres délits ou crimes, selon Gonzalo Carrión, directeur juridique du Centre nicaraguayen des droits de l'homme (Cenidh).

Depuis juillet dernier, une nouvelle loi prévoit des peines allant jusqu'à 20 ans de prison pour des faits de "terrorisme", à la définition très large.

L'arrestation a fait ressurgir, dans la tête d'Alex Vanegas, un souvenir douloureux: un jour de 1974, les sbires de la dictature d'Anastasio Somoza l'avaient déjà capturé avant de le torturer pendant six mois, pour avoir affiché des tracts dans les rues, réclamant la libération de... Daniel Ortega, alors guérillero et prisonnier politique.

Mais à son arrivée à la prison d'El Chipote, un appel téléphonique a cette fois ordonné sa libération immédiate.

Impossible, pour le manifestant, de savoir si les policiers voulaient simplement l'intimider, ou s'il a eu de la chance. Mais se sentant "trompé, trahi et humilié", il craint maintenant que des paramilitaires ne l'assassinent dans la rue, explique-t-il, amer.

Emprisonné durant la dictature de Somoza, Daniel Ortega a gouverné une première fois le pays après la victoire des Sandinistes en 1979, pendant dix ans. Il est de nouveau au pouvoir depuis 2007.

Depuis le 18 avril, le chef d'Etat et son épouse Rosario Murillo, vice-présidente, font face à une vague de protestations inédite, l'opposition réclamant leur démission.

Et la répression des opposants ne fait que renforcer la détermination d'Alex Vanegas, qui court à présent pour réclamer la libération des "prisonniers politiques", dont celle de son ami Carlos Valle. Celui-ci a été arrêté alors qu'il manifestait pour demander la libération de sa fille Elsa, âgée 19 ans, derrière les barreaux depuis juillet.

En prison, "ils prenaient Elsa par les cheveux et la jetaient contre les murs", affirme sa mère Rebeca Montenegro, à son tour dans la rue pour demander la libération de sa fille et de son époux.

"Je ne sais pas où ils vont mettre tous ces gens" en prison, s'étonne le cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua et président de la conférence épiscopale.

Pour être arrêté, il suffit bien souvent d'être trouvé en possession d'"objets de vandalisme", selon la terminologie policière: drapeaux, signes de reconnaissance de l'opposition ou simples ballons de baudruche, utilisés comme instruments de propagande par l'opposition.

Un rapport du Haut commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme a fait état en août dernier de prisonniers "brûlés avec des cigarettes ou des armes à impulsion électrique" ou torturés "avec du fil de fer barbelé, à coups de poing, de tuyau, ou par des tentatives de strangulation".

"Des femmes (détenues) ont été victimes de violence et d'abus sexuel", tandis que "des hommes ont aussi dénoncé des viols en utilisant des canons d'armes à feu ou d'autres objets", selon ce rapport.

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